Plusieurs fidèles ont préféré mutualiser leurs moyens pour s’acheter un bœuf
Dans plusieurs quartiers de Bamako, la Tabaski de cette année a eu un goût particulier. Sous les hangars improvisés, dans les concessions et au bord des grandes artères, les discussions portaient moins sur le choix du mouton que sur le partage de la viande du bœuf. Une réalité dictée par la cherté du bétail ovin, devenue insoutenable pour de nombreux ménages.
À Hamdallaye, devant sa concession, Adama Coulibaly observe calmement les enfants jouer autour d’un grand bœuf attaché à un arbre. Le quinquagénaire ne cache pas son émotion. «Cette année, je n’avais pas les moyens d’acheter un mouton correct. Les prix dépassent parfois 300.000 Fcfa. Avec mes frères et deux cousins, nous avons préféré cotiser pour acheter un bœuf. Au moins, tout le monde aura de la viande et la fête sera belle», a-t-il confié. Comme lui, beaucoup de Bamakois ont fait le même calcul. Entre le prix d’un mouton jugé “acceptable” et celui d’un bœuf partagé entre plusieurs personnes, le choix a vite été fait. À Djélibougou, des collègues de bureau ont décidé de mutualiser leurs moyens.
Après plusieurs semaines de cotisation, ils ont acheté ensemble un bœuf destiné au sacrifice collectif.« Quand on nous a demandé de comparer le prix d’un mouton à celui d’un bœuf partagé entre plusieurs personnes, nous avons compris que le meilleur choix était le bœuf », a expliqué Moussa Traoré, agent commercial. «Après la prière, nous nous sommes retrouvés pour l’immolation.
Ensuite, chacun est reparti avec sa part de viande pour sa famille. Franchement, personne ne s’est senti frustré», a-t-il ajouté avec le grand sourire. À Magnambougou également, des voisins se sont regroupés pour éviter qu’un ménage reste en marge de la fête de l’Aïd El-kébir. Sous un soleil écrasant, Mariam Diallo raconte avoir vu ses voisins s’unir spontanément.
«Avant, chacun voulait son mouton devant sa porte. Aujourd’hui, les gens pensent davantage à l’entraide. Ce n’est plus une question de prestige, mais de solidarité», a souligné cette mère de famille. Dans les marchés à bétail, les vendeurs reconnaissent eux aussi une évolution des habitudes. Plusieurs clients préfèrent désormais chercher un gros bœuf à partager plutôt qu’un mouton individuel devenu hors de portée.
Pour des leaders religieux, cette tendance traduit surtout une meilleure compréhension de l’esprit du sacrifice. Selon eux, si le mouton reste fortement recommandé pour la Tabaski, il n’est pas l’unique animal autorisé dans le rite musulman.
«L’essentiel est l’intention et la capacité de chacun. Le sacrifice ne doit pas devenir une source d’endettement ou de souffrance pour les familles», a expliqué un imam rencontré à Magnambougou. Avant d’ajouter : «beaucoup de personnes semblent avoir compris que le sacrifice est recommandé mais qu’il n’est pas une obligation pour celui qui n’en a pas les moyens.» Dans un contexte économique difficile, cette Tabaski révèle ainsi un autre visage de Bamako : celui d’une ville où la solidarité tente de prendre le dessus sur les apparences. Derrière chaque bœuf partagé se cache une forte détermination de nos concitoyens de fêter dans la dignité malgré les difficultés du moment.
Mariam A. TRAORÉ
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