Semaine numérique: La jeunesse malienne s'empare des opportunités du digital

Ce mercredi 29 juillet 2026, le Centre International de Conférences de Bamako (CICB) est animé par une effervescence inhabituelle. Pour la 4e édition de la Semaine du Numérique, les couloirs sont noirs de monde : des grappes de jeunes se pressent devant les stands, casques de réalité virtuelle vissés sur la tête, smartphones brandis vers des affiches truffées de QR codes.

Publié mercredi 29 juillet 2026 à 14:44
Semaine numérique: La jeunesse malienne s'empare des opportunités du digital

Entre deux stands, on discute code, applications, projets. L'ambiance a des allures de kermesse technologique, mais derrière les sourires et les selfies, des entrepreneurs maliens présentent des solutions bien concrètes aux défis du pays.


Au milieu du brouhaha, Amadou Cissé accueille les visiteurs avec la sobriété d'un homme habitué à corriger une confusion récurrente. « Ce n'est pas une start-up, c'est une entreprise », précise d'emblée le Directeur Général d'Edu Mali, avant de rappeler la nuance : une start-up cherche encore sa maturité, une entreprise propose déjà un produit abouti. Le sien s'appelle Edu Mali, plateforme de soutien scolaire pour les élèves du fondamental et du lycée, dont les contenus sont alignés sur les programmes officiels de l'Éducation nationale et certifiés par l'inspection compétente.


Mais la promesse dépasse le simple accès aux cours. Grâce à un compte parental, les familles peuvent suivre en temps réel les résultats et les difficultés de leur enfant, dans un accompagnement qui court jusqu'à la fin de l'année scolaire. « L'élève n'est pas seul face à son écran », insiste Amadou Cissé.


Le constat qui a motivé le projet est sans détour : accessibilité et qualité de l'enseignement restent, au Mali, des défis énormes, que la crise du Covid a cruellement mis en lumière. Avec Edu Mali, l'ambition est de gommer la distance : où que se trouve l'élève, à Bamako ou dans une zone rurale coupée de l'école par le manque d'enseignants ou par le conflit, il retrouve les mêmes cours, les mêmes évaluations, la même exigence.


Le Directeur Général salue par ailleurs les initiatives publiques, à l'image du projet PRODOG destiné à améliorer la qualité de l'enseignement, tout en pointant les obstacles persistants : l'accès à internet, d'abord, contre lequel la plateforme optimise sa consommation de données ; l'acculturation numérique des parents et des élèves, ensuite, qui suppose un travail de sensibilisation constant.


Sur le plan humain, Edu Mali affiche sa solidité grâce à un département pédagogique complet composé d’enseignants, de responsables pédagogiques, d’ingénieurs en pédagogie numérique et de mentors, épaulé par une équipe technique qui a développé la plateforme entièrement au Mali. Pour tenir face à un réseau électrique jugé trop instable, l'entreprise carbure au solaire à 100 %. Reste la question fiscale, qui pèse directement sur le prix payé par les familles : Amadou Cissé plaide pour une exonération de la TVA et des autres taxes sur les contenus éducatifs numériques, au même titre que les écoles physiques. « Nous sommes une école, simplement sans murs. »


Quelques mètres plus loin, c'est une autre effervescence qui attire l'œil : des jeunes casqués, absorbés, qui semblent marcher dans le vide tout en manipulant des objets invisibles. Ousmane K. Diabaté, Community Curator de Kabakoo, sourit en observant la scène. Ce sont des expériences de réalité virtuelle qui transportent les visiteurs jusqu'au pays Dogon, dans un environnement reconstitué avec un souci du détail troublant: relief, sol, greniers traditionnels. À la manette, chacun peut saisir des objets, les déplacer, reconstruire un grenier en terre et en paille. Pendant la Semaine du Numérique, des expériences de réalité augmentée accessibles par smartphone permettent aussi de scanner une affiche pour découvrir, en surimpression, le Takoua de Lomé ou la mosquée de Djenné.


Mais la réalité virtuelle n'est qu'une vitrine. Kabakoo, structure panafricaine née à Bamako et aujourd'hui également implantée à Lomé et à Ségou, avec une équipe internationale, fonctionne comme un réseau de clubs ou « Grin » où apprenants et facilitateurs échangent leurs savoirs. On y trouve un laboratoire dédié aux produits du terroir et à leur transformation, un laboratoire du textile qui documente le fil, la teinture aux plantes ou la couture des pagnes pour que ce savoir-faire ne se perde pas, ainsi que des clubs No-Code, automatisation, micro-électronique. Ousmane K. Diabaté cite l'exemple d'un système d'arrosage de jardin piloté à distance depuis un smartphone —, design, ou encore langues.


Le vrai défi, selon lui, n'est pas technique mais mental. « Ce n'est pas forcément une réticence, mais plutôt l'approche », explique-t-il. À Kabakoo, chaque apprenant part de l'observation de son environnement immédiat, identifie un problème concret vécu par sa communauté, puis construit son projet autour d'une solution réelle comme cet objet conçu avec des artisans forgerons et menuisiers, qui a depuis multiplié les commandes reçues par l'artisan concerné.


Derrière cette pédagogie, un objectif assumé : « décoloniser les mentalités » pour que les jeunes comprennent qu'ils portent en eux les ressources nécessaires pour créer et proposer des solutions. L'enjeu est aussi économique : moins de 5 % des jeunes maliens accèdent à un emploi formel, les 95 % restants évoluant dans l'informel. Kabakoo veut leur donner les compétences pour créer de la valeur et gagner en mobilité économique. Pour accélérer la transformation numérique du pays, Ousmane K. Diabaté mise sur trois leviers : une implication accrue de de l'État, un changement profond des mentalités, et la multiplication d'initiatives de ce type.


Entre les stands d'Edu Mali et de Kabakoo Academies, deux Mali numériques se répondent : l'un mise sur la continuité pédagogique et l'accès équitable au savoir scolaire, l'autre sur l'appropriation créative et la valorisation du patrimoine local. Deux approches, un même constat : au CICB, cette 4e édition de la Semaine du Numérique aura surtout été celle d'une jeunesse qui ne se contente plus de consommer la technologie elle veut la fabriquer, la comprendre, et s'en servir pour résoudre ses propres problèmes.

Oumar SANKARE

Lire aussi : FACEJ SUGU : La jeunesse expose son talent

L’esplanade du Palais de la culture Amadou Hampâté Ba accueille depuis, mercredi dernier, la 5ᵉ édition du « FACEJ SUGU », la grande foire dédiée aux jeunes entrepreneurs du Mali..

Lire aussi : Mali Kura : Le pari des investisseurs

Prévu les 11 et 12 décembre au CICB, le Forum du Mali Kura veut ouvrir une nouvelle fenêtre d’opportunités pour attirer les capitaux et accélérer la transformation économique du pays.

Lire aussi : Budget 2027 : le grand pari des milliards

Derrière les milliards annoncés, il y a les espoirs de millions de Maliens qui aspirent à de meilleures conditions de vie. Une école plus accessible pour les enfants, des soins de santé de qualité, des emplois pour les jeunes, une agriculture plus performante, une énergie plus disponible..

Lire aussi : Parlement de l’Uemoa : Le siège qui incarne l’intégration

Il domine la colline de Koulouba et attire immédiatement le regard. Sa silhouette imposante, ses dimensions et son architecture donnent déjà au visiteur une idée de l’importance de l’ouvrage. Dans cet écrin qui surplombe Bamako, le futur siège du Parlement de l’Union économique et moné.

Lire aussi : Mali : Les STEM, un levier pour préparer l’emploi et la transformation économique

Face aux défis liés à l’emploi des jeunes et aux ambitions de transformation économique du Mali, Harouna Niang, économiste et ancien ministre malien, plaide pour une place plus importante des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) dans le système éducati.

Lire aussi : Agriculture : “GOYO”, le légume aux mille vies

De Baguinéda aux marchés de Bamako, l’aubergine africaine nourrit une filière portée par les femmes, entre tradition, économie et résilience.

Les articles de l'auteur

66e ANNIVERSAIRE DE L’INDÉPENDANCE : LE PRÉSIDENT GOÏTA REND HOMMAGE AUX PÈRES DE LA NATION

Le président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a procédé, ce mardi 22 septembre 2026 aux environs de 9h10, au dépôt de gerbe de fleurs au Monument de l’Indépendance, à l’occasion de la célébration du 66e anniversaire de l’accession du Mali à la souveraineté nationale et internationale..

Par Oumar SANKARE


Publié mardi 22 septembre 2026 à 16:21

BCID-AES : Transformer l’ambition de souveraineté en réalités économiques

Née de la volonté des trois pays de l’Alliance des États du Sahel de disposer d’un instrument financier à la hauteur de leurs ambitions, la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) amorce une étape décisive : passer du symbole politique à l’action économique. La nouvelle institution joue désormais son avenir sur sa capacité à produire des résultats concrets.

Par Oumar SANKARE


Publié vendredi 18 septembre 2026 à 10:20

Décentralisation : Environ 423 milliards de FCFA ont été transférés aux collectivités territoriales en 2025

Quelque 423 milliards de francs CFA ont été transférés aux collectivités territoriales au titre de l’année 2025, soit environ 17 % des ressources de l’État, a indiqué le directeur général des Collectivités territoriales, Abdrhamane Cissé, lors de la première session ordinaire 2026 du Comité technique des transferts de compétences et de ressources de l’État aux collectivités territoriales, tenue ce jeudi 17 juin 2026 au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (MATD)..

Par Oumar SANKARE


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 20:19

INSAH : 50 ans pour nourrir le Sahel

Le cinquantenaire de l'organisation a été l’occasion de mesurer le chemin parcouru et de dessiner les défis à relever.

Par Oumar SANKARE


Publié lundi 14 septembre 2026 à 08:39

Mali-USA : Abdoulaye Diop salue les efforts de Rachna Korhonen pour maintenir le dialogue

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a salué vendredi 4 septembre 2026 les efforts de l’ambassadrice des États-Unis au Mali, Rachna Korhonen, pour maintenir le dialogue entre les deux pays durant près de quatre années marquées par des difficultés diplomatiques, lors d’un déjeuner d’adieu organisé à Bamako à l’occasion de sa fin de mission..

Par Oumar SANKARE


Publié vendredi 04 septembre 2026 à 16:07

IFBV-Mali : Mamoudou Abdoulaye Diallo rempile pour un nouveau mandat

Mamoudou Abdoulaye Diallo a été réélu président de l’Interprofession de la Filière Viande-Bétail du Mali (IFBV-Mali) pour un nouveau mandat de cinq ans, à l’issue de la sixième session ordinaire de l’Assemblée générale de l’organisation, tenue les 27 et 28 août au Mémorial Modibo Keïta..

Par Oumar SANKARE


Publié vendredi 28 août 2026 à 19:15

AES : Les experts évaluent à Bamako la mise en œuvre de la feuille de route de l’an II

Des experts du Mali et du Burkina Faso se réunissent à Bamako pour évaluer à mi-parcours la mise en œuvre de la feuille de route de l’an II de la Confédération des États du Sahel (AES), a constaté l’AMAP au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale..

Par Oumar SANKARE


Publié lundi 24 août 2026 à 17:08

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner