Un chef de
famille achète des fournitures scolaires pour un vacancier
C’est une règle non écrite dans notre
société. Lorsqu’on accueilli un frère, un neveu, une nièce ou un enfant d’un
proche, il est de coutume que leur offre des cadeaux, notamment des fournitures
scolaires et des fringues avant l’ouverture des classes.
À
Niamakoro, en Commune VI du District de Bamako, Bintou, 8 ans, s’apprête ainsi
à retrouver ses parents après avoir passé deux mois chez sa tante. Sur la liste des achats : un
cartable rose, des cahiers de 200 pages, des livres et une paire de chaussures.
La facture de 28.000 Fcfa est assez salée pour une famille dont le portefueille
est présurré par des dépenses incomprésibles et une conjoncture à nulle autre
pareille. « Elle est venue en vacances chez nous. C’est une écolière, je trouve normal de lui
payer des fournitures », explique sa tante, Mme Dembélé. Pour cette vendeuse de
beignets et mère de quatre enfants, les difficultés financières ne doivent pas
empêcher le respect de cette tradition. « Même si je n’ai pas d’argent, je vais
emprunter. Si je reconduis l’enfant chez lui les mains vides, toute la famille
dira que je l’ai mal reçu », confie-t-elle.
Bamba, père de famille partage ce sentiment.
Cet
habitant de Faladié a déjà acheté les fournitures scolaires de son neveu aux
Halles de Bamako. Il dit avoir dépensé près de 40.000 Fcfa, mais explique à qui
veut l’entendre qu’ une partie de la somme ayant été obtenue à crédit. « Si je
ne le fais pas, qui va le faire ? Je ne peux pas reconduire mon neveu les mains
vides.
Ce serait
une honte pour moi. J’ai pris un crédit, mais je suis fier. L’honneur n’a pas
de prix », témoigne-t-il. Autre quartiers autre parent d’élèves. Keïta est un
tôlier qui réside à Sogoniko. Il était venu faire des achats pour son
vacancier. Il considère cette dépense comme un devoir familial. « C’est comme
ça chaque année. Le cartable de l’enfant doit être plein. Vie chère ou pas,
cela ne va pas s’arrêter », affirme ce père de quatre enfants.
À deux
semaines de la rentrée, les Halles de Bamako ne désemplissent pas. Entre les
étals de tissus, les magasins de chaussures et les commerces de fournitures
scolaires, les familles négocient les prix et tentent de composer avec la hausse
du coût de la vie.
HAUSSE DES
DÉPENSES-Pour les commerçants, cette période représente un moment important de
l’année. « C’est la période des vacanciers. Les clientes arrivent et disent :
“Il me faut le plus beau cartable pour ma nièce” », témoigne Mohamed Guirou,
commerçant aux Halles de Bamako. Certains commerçants évoquent une hausse des
dépenses cette année, dans un contexte marqué par l’augmentation du prix de
plusieurs produits. Pour Fomba, grossiste, le mois de septembre constitue l’une
des principales périodes commerciales de l’année. « Septembre, c’est ma
période. Je réalise environ 60 % de mon chiffre d’affaires pendant cette
période », explique-t-il. Crédits, tontines, économies ou sacrifices sur les
dépenses quotidiennes : chacun trouve, selon ses moyens, une manière de
préparer le retour de l’enfant. Derrière ces achats se dessine une conception
élargie de la responsabilité familiale, dans laquelle l’éducation et la
réussite scolaire de l’enfant ne relèvent pas uniquement de ses parents. Le départ
des vacanciers apparaît ainsi comme une pratique sociale qui entretient les
liens entre les différentes branches de la famille. Malgré la pression sur les
budgets, les hôtes des vacanciers continuent de considérer les fournitures
scolaires comme une responsabilité morale à assumer.
Sira
CAMARA
Rédaction Lessor
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