Refondation de l’État : Les femmes ne restent pas en marge du processus

La refondation implique de repenser la gouvernance, renforcer la démocratie, lutter contre la corruption et adapter les institutions aux réalités socioculturelles. Les femmes qui restent des actrices de développement s’y engagent à fond pour redonner au pays son lustre d’antan

Publié vendredi 06 mars 2026 à 08:25
Refondation de l’État : Les femmes ne restent pas en marge du processus

Mme Maïga Sina Damba, vice-présidente du Réseau des femmes parlementaires du CNT, Mariam Ina Koita et Mme Coulibaly Korotoumou Koné

 

Dans le processus de refondation de l’État, les femmes jouent un rôle déterminant. Malheureusement, cette immense contribution des femmes semble être souvent moins appréciée à sa juste valeur, voire sous-estimée. Les initiatives et engagement de la gent féminine sont essentiels pour bâtir une société plus juste et inclusive. D’où le rôle crucial des femmes dans la bonne gouvernance, l’éducation, l’économie, mais aussi dans la réconciliation et la paix. En d’autres termes, les femmes représentent un maillon important  dans l’édification d’une nation forte.

La commémoration de la fête du 8 mars représente donc une opportunité de reparler des femmes, notamment des présidentes des associations féminines et recueillir leurs avis sur la refondation de l’État ?

Mme Maïga Sina Damba est la vice-présidente du Réseau des femmes parlementaires du Conseil national de Transition (CNT) et présidente du Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires (Refamp). Également ancienne ministre chargée de la Promotion de la Femme et membre de plusieurs organisations, elle a accepté d’opiner sur la question. Elle affirme que son Réseau a beaucoup travaillé sur les réformes politiques et institutionnelles. Depuis les changements institutionnels intervenus en 2020, le Refamp  s’est résolument engagé dans l’analyse des différentes  stratégies par lesquelles la refondation doit obligatoirement passer en vue de recueillir les avis des femmes et des groupes marginalisés.

 C’est ainsi qu’un certain nombre d’initiatives ont été prises et qui ont conduit, entre autres, à l’organisation des concertations régionales avec les femmes pour recueillir leurs propositions sur la loi électorale, la Constitution, la Charte des partis politiques, la loi organique qui régit l’émolument des députés et les conditions de leur remplacement... À la suite de ces concertations, le Réseau a remis solennellement les fruits de ses réflexions aux autorités compétentes concernées, notamment le Premier ministre, le ministre en charge de l’Administration territoriale et ses collègues chargés de la Refondation et de la Promotion de la Femme. Mais aussi aux autres Institutions de la République.

Concernant les initiatives conduites avec les autres femmes en général, Mme Maïga Sina Damba a rappelé que le Refamp n’a pas travaillé en solitaire dans ce processus qui visait une bonne préparation et une participation active des femmes dans le débat sur la refondation. C’est ainsi que des concertations ont été organisées au niveau régional pour recueillir les avis des femmes sur les différents textes, objets de réformes dans notre pays. Une rencontre nationale de validation des recommandations issues des concertations a été tenue à Bamako avec la participation des femmes venues des différentes régions. À l’issue de cette rencontre, un recueil des recommandations selon les lunettes «genre» a été produit et versé dans les débats sur la refondation.

 

ACTRICES INCONTOURNABLES- Parlant du rôle des femmes dans la refondation de l’État, Mme Maïga Sina Damba explique que la refondation est un processus profond de reconstruction de l’État, visant à renouveler ses fondements politiques, juridiques, sociaux, économiques et qui intervient souvent après une crise ou une transition. Elle implique de repenser la gouvernance, renforcer la démocratie, lutter contre la corruption et adapter les institutions aux réalités socioculturelles.

La vice-présidente du Réseau des femmes parlementaires du CNT fait savoir que le Mali est engagé dans ce processus de réformes qui met l’Homme au cœur de la refondation. Celle-ci commence par la cellule familiale où la femme joue un rôle central. En effet, les femmes maliennes sont des actrices incontournables dans la refondation. Leur un rôle primordial dans la consolidation de la paix, du vivre-ensemble, de la tolérance, de la cohésion sociale et leur résilience face à de nombreux défis sont reconnus et salués par les autorités du pays.

Les femmes contribuent aussi à l’essor économique à travers les petites et moyennes entreprises qu’elles gèrent avec l’accompagnement de l’État, des ONG et des partenaires techniques et financiers. Par ailleurs, Mme Maïga Sina Damba souligne le rôle traditionnel que jouent les femmes dans l’éducation à nos valeurs positives de formation, d’encadrement des enfants qui constituent l’avenir d’une nation. «Elles ont donc un rôle extrêmement important à jouer dans la refondation d’un pays d’où l’intérêt de leur implication dans tout le processus», insiste l’ancienne ministre.

Pour elle, «notre pays est sur la bonne voie, car chercher à corriger les faiblesses institutionnelles est une force en soi. Le chemin est parsemé d’embûches, mais il faut soit les contourner soit les affronter, l’essentiel étant de parvenir à ce que nous recherchons aujourd’hui, à savoir un État réformé, souverain, résilient en phase avec l’évolution de son environnement politique, économique, social et culturel».

Mariam Ina Koita, professeur d'enseignement secondaire et ex-élue municipale en Commune V du District de Bamako, est présentement la présidente du Forum des femmes actives pour les Objectifs de développement durable et l'émergence, Mali Espoir (Faode). Selon elle, les femmes ont eu à mener des actions telles que le renforcement et l'instauration de la paix et la sécurité dans les villes et les confins des régions, ce qui a abouti en partie à une cohabitation pacifique des fils et filles de notre pays. En outre, rappelle la présidente de Mali Espoir (Faode), les femmes ont participé aux Assises nationales de la refondation. Ce qui leur a permis de s'exprimer et de proposer des recommandations qui ont été prises en compte.

 

DON NATUREL POUR LA RéCONCILIATION- Au sein de Faode Mali Espoir, les femmes ont bénéficié de formations sur la paix et la cohésion sociale, ce qui leur a permis d’avoir des relais qui sont allés dans les régions pour sensibiliser et informer les femmes sur la gestion des conflits, la sauvegarde de l'environnement. Le Forum a eu aussi à créer des activités génératrices de revenus dans le but d'autonomiser les femmes, «parce que sans autonomisation, il n’y a pas de développement». En plus, des ateliers ont été initiés pour la maitrise des textes pour le plaidoyer en faveur de l'application des textes relatifs au genre.

Selon Mariam Ina Koïta, le rôle crucial des femmes dans la refondation s’explique par le fait qu’elles sont non seulement des actrices majeures pour la gestion des conflits, mais aussi pour la production dans les domaines agricole et économique. Elles restent également le socle de l'éducation.

 Mme Coulibaly Korotoumou Koné, présidente de l’Association cercle de réflexion des femmes maliennes pour l’initiative et le développement (CRFMID), abonde dans le même sens. L’objectif de son regroupement est de contribuer au développement et à l’émergence des femmes au Mali. En 2023, grâce à un financement de l’ONG Think Peace, le CRFMID a organisé des mini causeries-débats avec les femmes sur la paix et la cohésion sociale, le vivre-ensemble dans les quartiers de Bamako et dans 11 villages environnants.

Courant 2024, l’Association a eu à animer des émissions radios sur la paix et la cohésion sociale, et ses membres ont participé à plusieurs formations sur le rôle des travailleuses dans la refondation et le retour de la paix au Mali. Pour Mme Coulibaly Korotoumou Koné, les femmes ont ce don naturel pour la réconciliation. Il suffit qu’elles soient elles-mêmes et reprennent leurs places.

 Il convient de noter que le 19 février dernier, le rapport final des états généraux sur la situation de la femme, de l’enfant et de la famille a été officiellement remis au Président de la Transition. Ces états généraux, tenus en 2025 à Bamako et dans les 19 régions du Mali, avaient pour objectifs de faire un diagnostic de la participation et de l’autonomisation de la femme dans le processus de construction nationale. Mais aussi de faire un état des lieux des conditions de l’enfant, et de poser un diagnostic de l’environnement familial. Au terme des concertations aux niveaux national, régional et local, 459 recommandations ont été formulées et traduites en actions assorties d’un plan décennal. Cette remise officielle a été aussi l’occasion de présenter au Président Goïta, le bureau de la plateforme des femmes de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Amsatou Oumou TRAORE

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