Au-delà, banques, fintechs et opérateurs de mobile money pourront prélever des frais, dans la limite de 0,8 % hors taxes. Recevoir de l’argent restera en revanche gratuit, quel que soit le montant, alors qu’avant, la réception n'était gratuite que pour les 30 premières opérations mensuelles, avec frais plafonnés à 1 % au-delà
C’est une inflexion par rapport à la promesse faite au lancement de PI-SPI, le 30 septembre 2025. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) présentait alors la gratuité des transferts initiés par les particuliers comme l’un des principaux avantages de son nouveau système.
Après une année de fonctionnement, elle ajuste donc le dispositif. Selon l’institution, le seuil retenu permettra encore de maintenir la gratuité sur environ 75 % des transactions de monnaie électronique réalisées dans l’Union. Le détail est important : il s’agit d’un plafond cumulé sur une journée et non par opération. Un client qui envoie 5 000 Fcfa le matin puis 4 000 Fcfa dans l’après-midi le dépasse. Impossible, donc, de fractionner simplement un transfert plus important en plusieurs petites opérations gratuites.
La BCEAO préserve ainsi les usages de faible montant tout en ouvrant une possibilité de rémunération sur les flux plus importants. Ce changement intervient alors que la Banque centrale veut faire de PI-SPI le passage obligé des transferts entre différents réseaux.
Dès novembre, les transactions interopérables de monnaie électronique devront transiter par cette infrastructure. À partir du 1er juin 2027, les mêmes règles tarifaires s’appliqueront aux transferts entre les huit pays de l’UEMOA. C’est aussi à ce moment que Wave rejoint le dispositif. Longtemps absent de PI-SPI, l’un des principaux acteurs du mobile money dans la région apparaît désormais parmi les participants, notamment en Côte d’Ivoire et au Sénégal.
Son arrivée est loin d’être anodine. Wave a construit une grande partie de son succès en faisant chuter le prix des transferts, avec un tarif de 1 % devenu une référence sur plusieurs de ses marchés.
L’interopérabilité gratuite posait donc une équation particulière à l’entreprise. Si un client pouvait envoyer sans frais de l’argent depuis son portefeuille Wave vers une banque ou un autre opérateur, certains flux jusque-là monétisés pouvaient être contournés. Pour un acteur qui mise sur des volumes élevés et des prix faibles, rejoindre un rail gratuit pouvait ainsi cannibaliser une partie des revenus de transfert, à moins de les compenser par d’autres usages du portefeuille.
Le nouveau cadre cherche manifestement un équilibre : protéger les petits utilisateurs sans rendre économiquement neutre, pour les prestataires, une infrastructure qu’ils doivent connecter, sécuriser et maintenir en permanence. Car la gratuité pour le client ne supprime pas les coûts. Derrière chaque portefeuille mobile, il faut rémunérer les agents, gérer leur liquidité, transporter des espèces et financer les opérations de dépôt et de retrait.
En 2024, le nombre de points de services de monnaie électronique dans l’UEMOA avait ainsi reculé de 5,2 %, à 1,59 million. La BCEAO associait notamment cette baisse à la diminution des frais de services et des commissions versées aux réseaux de distribution.
Dans le même temps, le nombre de points marchands avait plus que doublé, à 3,71 millions. Cette évolution éclaire une autre dimension de la stratégie de la Banque centrale : si le transfert rapporte moins, l’enjeu est aussi que l’argent reste dans le circuit numérique, en étant directement dépensé plutôt que retiré en espèces.
APRÈS LES TRANSFERTS, LES PAIEMENTS-C’est précisément sur ce terrain que PI-SPI commence à s’élargir. En septembre, la BCEAO a homologué de nouvelles interfaces techniques destinées aux entreprises, les «API Business ». Derrière ce terme technique se trouvent des usages très concrets : permettre à une entreprise d’encaisser ses clients, de payer plusieurs bénéficiaires à la fois, de régler des fournisseurs, d’effectuer des remboursements ou encore d’envoyer une demande de paiement directement sur le téléphone d’un client.
PI-SPI n’a donc plus vocation à servir uniquement aux transferts entre particuliers. La plateforme doit aussi devenir un rail pour les paiements marchands et les flux des entreprises. Plus l’argent reçu est dépensé ou réutilisé sous forme numérique, moins le système dépend du coûteux réseau de retraits en espèces.
Les volumes en jeu sont déjà considérables. En 2025, les établissements de monnaie électronique supervisés comptaient 172,9 millions de comptes. La valeur de leurs transactions a progressé de 31,4 %, à 164 169 milliards Fcfa. Leur résultat net provisoire a, lui, presque triplé, passant de 6,1 à 16,9 milliards Fcfa.
La bataille qui s’ouvre n’est pas uniquement un combat de prix du transfert. En réunissant banques, fintechs, institutions de microfinance et opérateurs de mobile money sur une même infrastructure, la BCEAO cherche désormais à faire circuler davantage l’argent sans qu’il sorte du système numérique. Avec l’arrivée de Wave, cette nouvelle bataille ne fait que commencer.
Source : Ecofin
Rédaction Lessor
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