Marché Rose, Halles de Bamako et Sougounikoura : À chacun sa spécificité

Ces gros marchés de la capitale contribuent énormément au développement économique du pays. Ils sont approvisionnés par des commerçants import-export. Les produits sont vendus en gros ou en détail

Publié jeudi 08 octobre 2026 à 09:52
Marché Rose, Halles de Bamako et Sougounikoura : À chacun sa spécificité

Les Halles de Bamako sont aujourd’hui un maillon important  de l’approvisionnement des populations de la capitale

 

À Bamako, le commerce ne s’organise pas autour d’un seul espace. Chaque marché possède son identité, ses produits de prédilection et ses réseaux de commerçants. Les marchandises arrivent de différents horizons, sont vendues en gros ou au détail, puis repartent vers d’autres quartiers de la capitale ou vers les régions. Des fonctions différentes, mais complémentaires.

Aux Halles de Bamako, l’activité commence bien avant le lever du jour. Entre 1 h et 6h du matin, le marché s’anime au rythme des arrivages. Poissons, viandes et volailles y occupent une place importante. De grandes quantités de marchandises sont réceptionnées avant d’être redistribuées dans plusieurs marchés de Bamako et jusque dans les régions. Pour Mohamed Haïdara, président de la Fédération des associations et groupements de commerçants et contribuables des Halles de Bamako, cette fonction d’arrivage et de redistribution fait du marché un maillon important de l’approvisionnement de la population.

Cette fonction trouve un autre prolongement à Dibida, dont l’activité s’est progressivement diversifiée. Selon son secrétaire général, Mamadou Coulibaly, le marché est notamment connu pour la vente de viande, à l’origine de son appellation. On y trouve également des pièces détachées automobiles, de la quincaillerie, des articles sanitaires et de la papeterie.

Les commerçants s’approvisionnent notamment auprès de fournisseurs de Chine, de Dubaï et du Nigeria. Une partie des marchandises est ensuite acheminée vers d’autres marchés de Bamako et des régions. Dibida constitue aussi un important espace d’activités génératrices de revenus pour de nombreux jeunes.

À Dabanani, la diversité prend une autre forme. Salif Simpara, président de Dabanani et du Collectif des marchés de Bamako, présente l’espace comme un vaste ensemble regroupant plusieurs sous-marchés, dont Wonida, spécialisé notamment dans les céréales. Le marché se distingue particulièrement par le commerce des pièces détachées, mais aussi par la vente de motos, de panneaux et de vélos. Là encore, les réseaux d’approvisionnement dépassent les frontières nationales. Les marchandises alimentent ensuite Bamako et plusieurs localités du pays.

 

CLIENTÈLE ET APPROVISIONNEMENT-Dans ce ballet quotidien, le choix d’un marché répond autant à la disponibilité des marchandises qu’à la présence de la clientèle. Aux Halles de Bamako, Aminata Traoré, vendeuse de poissons, a choisi cet espace pour sa proximité avec les circuits d’approvisionnement et l’importance de la clientèle. «Je peux vendre ici, parce que les poissons arrivent en quantité et les clients connaissent les Halles. Quand la marchandise arrive tôt, il faut pouvoir la vendre rapidement», explique-t-elle. Son activité repose sur un équilibre permanent entre approvisionnement et écoulement. Elle vend en moyenne huit cartons de poisson par jour. Acheté à 17.000 Fcfa l’unité, son approvisionnement quotidien représente environ 136.000 Fcfa. «Ici, je trouve facilement la marchandise et les clients viennent de plusieurs endroits», poursuit-elle. Pour les produits périssables, l’emplacement devient ainsi un facteur déterminant : il faut pouvoir s’approvisionner rapidement, disposer d’une clientèle suffisante et écouler les produits dans les meilleurs délais.

À Sougounikoura, le décor et les spécialités changent. Dès l’entrée, les camions citernes attirent le regard. Plus loin, les allées s’animent progressivement : des camions déchargent leurs marchandises, des commerçants s’affairent autour des sacs et des cageots et les premiers clients commencent à circuler. Banane plantain, à igname, oignon et avocat occupent une place importante dans les étals. Selon les commerçants, une partie de ces produits provient directement des zones de production du Mali et de la Côte d’Ivoire.

Commerçant à Sougounikoura depuis plus de 30 ans, Tiékoro Diakité a suivi l’évolution du marché. Il estime que celui-ci s’est imposé au fil des années comme un important point de passage pour les produits destinés à plusieurs autres marchés. « Nous sommes Sougounikoura, nous sommes le siège», affirme-t-il pour illustrer cette position dans le circuit de distribution. Les habitués ont, eux aussi, leurs repères. Fatoumata, cliente régulière, vient notamment s’approvisionner en igname, oignon, avocat et autres produits alimentaires. «Même si les prix ne sont plus comme avant, je viens toujours ici parce que les produits sont de bonne qualité et restent moins chers que dans les petits marchés », explique-t-elle.

Qualité, prix et diversité continuent ainsi de guider une partie des consommateurs. Malgré les difficultés, l’activité se poursuit. Dès 4 heures du matin, Sougounikoura reprend vie. Les marchandises arrivent, les sacs changent de mains et les produits repartent vers d’autres marchés. Le feu qui a détruit une partie de l’espace n’a pas interrompu cette fonction commerciale. «C’est nous, Sougounikoura, nous sommes une grande puissance dans la vie de la population», soutient Tiékoro Diakité.

D’un marché à l’autre, les spécialités diffèrent. Aux Halles, les arrivages et la redistribution occupent une place centrale. Dibida mise sur la diversité des marchandises. Dabanani s’appuie notamment sur les pièces détachées, les motos et les céréales. Sougounikoura se distingue par les produits frais.

Ces différences ne les opposent pas : elles composent les différents maillons d’un même circuit. Des marchandises arrivent, sont regroupées, vendues et redistribuées avant de poursuivre leur chemin vers les quartiers de Bamako et les autres localités du pays.

Aïchata SISSOKO

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