#Mali : Campagne agricole : Une situation globale en dents de scie

Les producteurs sont partagés entre inquiétude et espoir. Outre le démarrage difficile de la campagne, l’apparition des nuisibles, l’inondation des cultures ainsi que la qualité des engrais sont des contraintes majeures qui risquent d’affecter les rendements

Publié mercredi 11 septembre 2024 à 17:31
#Mali : Campagne agricole : Une situation globale en dents de scie

La campagne agricole bat son plein sur l’ensemble du territoire. La bonne santé des cultures est indispensable dans l’atteinte des objectifs de production agricole. Au regard de l’importance du secteur agricole pour l’économie nationale, les services techniques d’encadrement de l’agriculture et de la protection des végétaux sont à pied d’œuvre aux côtés des producteurs pour limiter les dégâts des inondations et des nuisibles. À ce stade, la situation phytosanitaire de la campagne est jugée relativement calme dans l’ensemble à travers les différents bassins de productions et l’état végétatif des cultures est satisfaisant.

Malgré ces appréciations des techniciens de l’agriculture, les producteurs gardent toujours en souvenir les séquelles des attaques des parasites lors de la campagne précédente. L’on se rappelle que ce contre coup a affecté la production végétale. L’inquiétude des paysans est montée d’un cran face à la réapparition de ces ravageurs malgré la disponibilité des produits dont la qualité est diversement appréciée.

Noumou Keïta, un producteur de la zone de Kita, cultive notamment du riz, du maïs, du mil, du sorgho, du coton, de l’arachide et de la patate douce sur environ 102 hectares de champs dans les différentes agglomérations de sa zone. Contacté par téléphone, il explique que la campagne se déroule normalement dans sa localité, malgré quelques infestations sur les cultures et des cas d’inondations sur les cultures de maïs, de coton et d’arachide qui vont certainement affecter les rendements. Ces cultures de choix de la zone supportent difficilement l’humidité contrairement au sorgho et au riz.

Aussi, après plusieurs traitements, le producteur n’arrive toujours pas à se défaire des nuisibles. «Cette année, les produits qui sont mis à notre disposition ne sont pas aussi efficaces pour lutter contre les ravageurs. Après plusieurs traitements, les parasites sont toujours présents sur le cotonnier et sur d’autres cultures maraîchères», explique Noumou Keïta. Les nuisibles ont globalement causé des dégâts sur ses exploitations d’environ 16 hectares. Cette situation donne des soucis au producteur qui commence déjà à se préoccuper pour sa production qui risque de chuter cette année. Hormis ces difficultés, il juge qu’à ce stade, l’état végétatif des cultures s’est beaucoup amélioré contrairement à l’année précédente.

Par ailleurs, Noumou Keïta regrette de ne pas avoir accès aux produits utilisés l’année dernière contre les jassides. Il réclame ces produits qui ont permis, selon lui, de sauver sa production lors de la campagne dernière. Face à cette situation, il exprime son souci sur sa capacité à pouvoir rembourser les dettes contractées qui lui ont permis de s’assurer les services de main-d’œuvre et d’acquérir des intrants agricoles pour cette campagne.

 

DIFFICULTÉS IDENTIQUES- Selon nos informations, ces pesticides qui ont produit un effet foudroyant sur les jassides, ont été conseillés par le programme coton dans l’ensemble des pays producteurs de la plante de l’Afrique. Toutefois, des préoccupations d’ordre environnemental et sanitaire ont été posées. Raison pour laquelle, l’utilisation de ces produits a été interdite au Mali, en attendant la finalisation de leur processus d’homologation en cours pour confirmer leur efficacité et leur non toxicité pour l’environnement et pour les personnes.

Modibo Camara est le président de la Fédération des producteurs de coton de la Région de Kita. Il possède 20 hectares de coton sur une exploitation globale de 60 hectares et espère un bon rendement cette année. Mais, la présence des nuisibles et l’inondation des cultures suite à l’abondance des pluies sont aussi des difficultés qui affectent ses cultures. La zone est également confrontée à la mise à disposition à temps des intrants agricoles. «À cette étape de la campagne, le cotonnier est très sensible aux attaques des parasites. Les insectes piqueurs sucent la sève des plantes provoquant l’arrêt de leur croissance. Cela peut réduire considérablement la qualité de la production», détaille le producteur avec désarroi.

«L’efficacité des produits phytosanitaires diffère, selon les zones agro-écologiques», croit savoir le président des producteurs de coton de Kita. Contrairement à Noumou Keïta, il affirme que les produits disponibles pour cette campagne se montrent efficaces dans le traitement de ses champs. Il espère de ce fait compenser les pertes enregistrées l’année dernière à cause des attaques des jassides. Il souhaite que la recherche agricole trouve une alternative de traitement plus efficace dans la lutte contre les ravageurs afin de tirer le maximum de profits des productions.

Ces mêmes difficultés sont vécues par les producteurs de la Région de Koutiala. Dans ces localités visitées le mois dernier, les producteurs étaient confrontés, entre autres, aux problèmes de qualité des engrais, à l’inondation des cultures ainsi que l’apparition des jassides sur le cotonnier. Au rythme où se déroule la campagne agricole avec des pluies abondantes sur l’ensemble du pays, il n’est plus étonnant que toutes les zones de culture connaissent les mêmes inquiétudes quant aux prochaines récoltes au regard des cas d’inondations, d’attaques de nuisibles et d’insuffisance d’engrais minéraux.

 

BIOPESTICIDES CONSEILLÉS- Interrogé sur la question, le directeur général de l’Office de protection des végétaux (OPV) explique que, de façon globale, la situation phytosanitaire de la campagne est relativement calme dans l’ensemble. Toutefois, Halidou Mohomodou rassure qu’à ce stade, les jassides sur le cotonnier et les nuisibles sur les cultures céréalières et maraîchères sont maîtrisés avec les différents programmes de traitement en cours. Par ailleurs, il indique que la chenille légionnaire d’automne est la principale préoccupation qui cause énormément de pertes avec des attaques sur le maïs.

Fort heureusement, à ce jour, le pays ne connaît pas de nuisibles susceptibles de causer des pertes significatives sur la production agricole, rassure le directeur général de l’OPV. «Malgré les attaques en dents de scie, il faut souligner que le niveau de la pluviométrie joue beaucoup sur le développement des ravageurs. Là où il y a eu des infestations, des traitements ont été conseillés aux producteurs. Et il leur a été demandé de faire remonter toutes les informations relatives aux infestations aux services de la protection des végétaux et aux services régionaux et locaux de l’agriculture», affirme-t-il.

Des dispositions sont prises par l’OPV pour appuyer les producteurs à gérer les nuisibles de façon efficace. À cet égard, son directeur général prône l’utilisation des méthodes alternatives à travers lesquelles toute une stratégie est développée pour gérer les différentes infestations avant d’arriver à l’utilisation des pesticides. «La protection des végétaux n’est pas l’utilisation des produits chimiques. Ceux-ci sont utilisés en dernier recours au moment où tous les moyens mis en œuvre ne parviennent pas à diminuer le niveau de l’infestation», développe Halidou Mohomodou.

Les extraits de nîmes font partie de la panoplie des méthodes alternatives. Ces feuilles sont broyées pour ajouter d’autres ingrédients afin de traiter les parcelles. Il est aussi possible d’appliquer l’huile de graine de nîmes disponible dans certains bassins de production pour traiter les insectes sur les cultures maraîchères. Cette technique permet de rendre les plantes amères pour les insectes. Par contre, sur le cotonnier, dès que l’infestation atteint un certain niveau, il serait difficile que ces méthodes puissent avoir des résultats.

Ces méthodes alternatives s’appliquent à la base depuis le choix des semences jusqu’aux préparatifs du sol. Il est recommandé aux producteurs de mettre en œuvre un programme de surveillance permanent qui permet de détecter à temps les infestations pour les éradiquer avant qu’elles ne deviennent importantes. Selon le directeur général de l’OPV, la stratégie de son service est en train de tourner vers l’utilisation des biopesticides.

Par exemple, pour la chenille légionnaire d’automne, la plupart des produits utilisés aujourd’hui sont des produits biologiques qui n’ont pas d’impact sur les producteurs et sur l’environnement mais plutôt sur le nuisible cible, explique-t-il. Halidou Mohomodou suggère aux producteurs de rapprocher les services de protection des végétaux pour avoir des conseils sur les méthodes appropriées à appliquer sur les infestations des nuisibles dans les différents bassins de production.

Le président de la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali (C-SCPC), Yacouba Traoré, salue ses collègues pour leur disponibilité à faire du coton cette année. Par ailleurs, il sollicite l’appui de la recherche agricole afin qu’elle apporte aux producteurs toutes les solutions techniques à leurs préoccupations. Notre pays doit reconquérir son rang de premier producteur de coton en Afrique. Le challenge n’est pas insurmontable au regard des superficies importantes en coton. Il invite les producteurs à recenser les parcelles inondées afin d’affiner les estimations de production pour cette campagne.

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