#Mali : Avortement clandestin : Une manœuvre périlleuse

Les auteures justifient leur acte par la volonté de sauver leur honneur et celle de leur famille. Mais la pratique se déroulant dans des conditions sanitaires déplorables, celles qui y ont recours courent le risque de mourir ou de devenir à jamais stériles

Publié vendredi 10 mai 2024 à 07:02
#Mali : Avortement clandestin : Une manœuvre périlleuse

«L’erreur m’est une fois arrivée de tomber enceinte de mon copain en 2020. Ma maman était la seule à être au courant de ma grossesse. Elle a informé sa sœur qui m’a conduite chez un médecin qui pratique l’avortement clandestin. Ma grossesse avait duré deux mois. L’opération nous a coûté 125.000 Fcfa», se rappelle Assitan (nom d’emprunt) avec regret.

La jeune dame, âgée d’une vingtaine d’années, justifie sa décision par le fait qu’elle ne voulait pas être la risée de tous. Une autre raison, dit-elle, était de préserver l’honneur de son père qui est un fervent croyant. Après l’avortement, Assitan a passé trois jours clouée au lit. «Je saignais abondamment. Après un mois, j’avais toujours mal au bas ventre. Il a fallu que ma maman m’amène chez un gynécologue pour mettre fin à cette douleur», raconte celle qui n’était pas prête à l’époque à accueillir un enfant.

En effet, l’avortement clandestin se définit comme toute interruption de grossesse effectuée en dehors du cadre légal défini par le pays de résidence de la femme. La pratique reste un tabou dans notre société. Mais, face à une grossesse non intentionnelle, beaucoup de filles ne lésinent pas sur les moyens pour se livrer à l’avortement. Selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), environ 60% des grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement. Ces opérations interviennent dans des conditions de risques énormes. En Afrique subsaharienne, plus de 77% des avortements seraient, selon les estimations, non sécurisés. Au Mali, selon l’UNFPA, pas moins de 45% des avortements ne sont pas médicalisés.

Malgré les risques qu’elles encourent, certaines femmes concernées, l’insécurité dans laquelle se déroule l’avortement n’est pas une raison d’abandonner la pratique quand l’honneur ou les responsabilités sont en péril. Bijou, une professionnelle du sexe, réside à Hamdallaye, en Commune IV du District de Bamako. Elle a avoué avoir avorté à trois reprises pour éviter de perturber ses activités qui lui permettent de prendre en charge les dépenses des parents. Rencontrée au début du mois d’avril dernier, la jeune dame est assise sur une moto de marque Djakarta non loin du monument de l’Hippopotame.

Habillée d’une robe courte de couleur rose, elle est coiffée de mèches brésiliennes qui rehaussent son élégance. «Je viens d’une famille très pauvre. Je ne sais rien faire comme activité pour gagner de l’argent. Je me sens obligée de me prostituer pour subvenir aux besoins familiaux. Je sors avec des hommes mariés qui ne souhaitent pas avoir d’enfants.

En cas de grossesse, ils me donnent de l’argent pour les avortements», confie celle qui ne fréquente plus le lycée depuis 2021. «Je ne pouvais plus jongler les études et mes occupations professionnelles. Mes parents ignorent que j’ai abandonné l’école», explique-t-elle, avant de préciser que sa dernière Interruption volontaire de grossesse (IVG) date de janvier. Bijou avoue qu’elle a recours à un médecin pour arriver à ses fins. «Il connait bien son travail, car après trois semaines, je peux reprendre mes activités», assure-t-elle. Ces avorteurs exercent leur métier dans la plus grande discrétion.

STÉRILITÉ DÉFINITIVE- Issa (nom d’emprunt) pratique l’avortement clandestin depuis 8 ans dans son domicile. Le vendredi 5 avril dernier, vers 20 heures, le praticien est à l’œuvre dans une chambre pour mettre fin à une grossesse. Environ 40 minutes plus tard, il sort avec un sourire aux lèvres. «Je peux interrompre 4 à 5 grossesses par nuit. C’est plus rassurant de travailler la nuit», affirme-t-il. Et d’assurer qu’en cette période de délestage, il arrive à relever le défi grâce à deux groupes électrogènes.

Parlant de son arrivée dans ce métier, Issa explique que c’est après avoir échoué en classe de 5è année à l’école de médecine qu’il a opté pour cette pratique clandestine qui lui a permis d’avoir de la renommée auprès des filles. Il dit avoir construit une maison grâce à ce travail. «Je le fais bien, je n’ai pas eu de problème avec les clientes. Dieu merci !», martèle l’avorteur avec une mine de fierté.   

L’avortement clandestin peut être à l’origine de nombreuses complications chez la femme. Dr Salimata Diallo, gynécologue obstétricienne dans une clinique de la place, explique que les conséquences peuvent être immédiates, à moyen terme et même à long terme. Elle cite l’hémorragie et toutes ses complications, à savoir la perte de sang consécutive qui peut être la cause d’anémie conduisant à la mort subite de la femme. Selon le toubib, la pratique peut causer la perforation de l’utérus de façon accidentelle et les infections. La gynécologue indique que l’avortement clandestin peut favoriser la stérilité définitive.

Dr Salimata Diallo conseille aux filles de faire recours à la planification familiale pour éviter les grossesses non désirées et faire attention à la sexualité.

Quant au psychologue Ibrahim Traoré, il explique que l’avortement clandestin n’est autre que le fruit de la peur et la honte. Il relève que la pratique peut causer des troubles mentaux chez la concernée qui peut passer sa vie entière à se reprocher l’acte. «Car, elle aura détruit un être qui n’a rien demandé. Dans le pire des cas, la personne tombera dans la dépression et le regret. Car l’avortement peut provoquer la stérilité», argumente-t-il.

Selon l’imam El Hadj Ibrahim Sylla de la mosquée du Badialan III, en Commune III du District de Bamako, l’islam interdit l’avortement sauf dans le cas où les médecins doivent faire un choix entre sauver la vie de la maman et celle du fœtus. Sur le plan juridique, il faut noter que l’article 211 du Code pénal du Mali criminalise l’avortement pour tout motif autre que la sauvegarde de la vie de la femme. La personne qui commet l’acte doit payer une amende allant de 20.000 à 200.000 Fcfa avec des peines de prison d’une durée de 6 mois à 3 ans.

Djeneba BAGAYOGO

Lire aussi : Page noire : Le prêcheur Madou Doumbia s’éteint à 76 ans

Le célèbre prêcheur Cheick Mamadou Doumbia communément appelé Madou Doumbia est décédé ce mercredi 6 mai dans l'après-midi des suites d'une longue maladie. Il avait 76 ans. L'information a été rendue publique par le ministère des Affaires Religieuses, du Culte et des Coutumes..

Lire aussi : Ségou : Le couvre-feu prorogé de dix jours

Dans un communiqué publié ce mardi 5 mai, le chef de l’exécutif régional a informé la population de la prorogation du couvre-feu..

Lire aussi : Commune urbaine de Kayes : Les cortèges de mariage désormais interdits

Dans un communiqué, rendu public, ce lundi 04 avril, l'hôtel de ville de la Cité des Rails a décidé d'interdire les cortèges de mariage sur toute l'étendue de sa circonscription administrative jusqu'à nouvel ordre..

Lire aussi : Kidal : Le Conseil régional de la société civile rejette la légitimité du FLA et du JNIM à parler au nom des populations

Le Conseil régional de la société civile de Kidal a condamné avec la plus grande fermeté les attaques coordonnées du 25 avril 2026, menées par le GSIM/JNIM, affilié à Al-Qaïda, en alliance avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), contre plusieurs villes du Mali, dont Kidal, Gao, M.

Lire aussi : Crise sécuritaire : Les syndicats de l'éducation du 15 octobre retirent leur préavis de grève

Dans un élan de solidarité nationale et de responsabilité civile, la synergie des syndicats de l'éducation signataires du 15 octobre 2016 a annoncé, ce samedi 2 mai 2026, le retrait de son mouvement de débrayage initialement prévu pour durer 72 heures..

Lire aussi : #Mali : La Maison du Hadj rassure après l’annulation « des vols EgyptAir »

L’annulation des vols initialement prévus par la compagnie EgyptAir pour le Hadj 2026 suscite une vive inquiétude parmi plus de 4 000 pèlerins déjà inscrits. Cette décision découle d’un désaccord entre les parties concernant la prise en charge du surcoût du carburant (kérosène), dans .

Les articles de l'auteur

Championnat d'Afrique de bras de fer : La belle moisson du Mali

La 15è édition du Championnat d’Afrique de bras de fer s'est tenue du 29 avril au 3 mai au Ghana. Au total, 23 pays ont participé à ce grand rendez-vous dont le Mali qui était représenté par 12 athlètes : Mamadou Sanogo «Allah ka Mamadou», Mohamed Coulibaly «Lil Bougou», Aboubacar Samabaly, Saïbou Bakayoko, Mamadou Daou, Moussa Konaté, Yahaya Dembélé, Mamary Doumbia, Koyan Keïta, Aoua Kouma, Adjara Diarra et Fanta Doumbia..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié mardi 05 mai 2026 à 08:30

Ligue régionale de football de Mopti : Nouhoum Bocoum rempile

Un nouveau mandat pour Nouhoum Bocoum. Unique candidat à sa succession, le président de la Ligue régionale de football de Mopti a été réélu, samedi dernier, à l’issue de la 23è assemblée générale ordinaire élective de l’instance sportive..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié mardi 05 mai 2026 à 08:27

Tournoi UFOA-A U20 féminine : La compétition démarre aujourd'hui

Le Tournoi U20 féminin de la Zone A de l'Union des fédérations ouest-africaines (UFOA-A) donne son coup d’envoi aujourd'hui en Guinée-Bissau et se poursuivra jusqu'au 20 mai. Au total, cinq pays prennent part à ce tournoi : le Mali, la Guinée-Bissau, le Sénégal, le Libéria et la Gambie..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié mardi 05 mai 2026 à 08:26

CAN 2027 : Le 19 mai, date du tirage au sort des éliminatoires

La Confédération africaine de football (CAF) a officialisé, samedi dernier, sur ses plateformes la date du tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027, fixée au 19 mai prochain. Cette édition, co-organisée par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, marque une nouvelle étape pour le football africain..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié lundi 04 mai 2026 à 08:47

CAN U17 : Le Mali vise le sacre

La sélection nationale U17 s’est envolée hier soir pour le Maroc, afin de disputer, du 13 mai au 2 juin, la Coupe d'Afrique des nations (CAN). Avant le départ, le sélectionneur national, Demba Mamadou Traoré, a rendu publique sa liste de 25 joueurs, lors d'une conférence de presse tenue, samedi dernie, au siège de la Fédération malienne de football (Femafoot)..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié lundi 04 mai 2026 à 08:40

Aigles : La FEMAFOOT remercie Tom Saintfiet

C’est la fin d’un chapitre pour la sélection nationale. Alors que son contrat arrivait initialement à terme en août prochain, Tom Saintfiet quitte son poste de sélectionneur des Aigles dans un climat de respect mutuel. Ce départ anticipé, acté d’un commun accord, doit permettre aux deux parties de préparer sereinement l’avenir..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié jeudi 30 avril 2026 à 08:54

Congrès de la FIFA à Vancouver : Le président Mahazou dit Baba Cisset reçu par Gianni Infantino

En marge du 76è Congrès de la Fédération internationale de football (FIFA), prévu aujourd’hui dans la ville de Vancouver (Canada), le nouveau président de la Fédération malienne de football (Femafoot), Mahazou dit Baba Cisset, a été reçu en audience, mardi dernier par le patron du football mondial, Gianni Infantino..

Par Djeneba BAGAYOGO


Publié jeudi 30 avril 2026 à 08:52

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner