Une
cliente (sur sa moto) achète un sac pour son enfant
Au
marché Dibidani à Bamako coura, en Commune III du District de Bamako, le décor
a fortement changé. hier, les vendeurs de fournitures scolaires et autres
propriétaires de librairies et papeteries se frottent les mains. Les listes des
fournitures scolaires circulent de main en main. Cahiers, stylos, crayons,
couvertures et autres accessoires sont hyper demandés. Devant les étals, des
parents d’élève marchandent. «Celui-ci coûte combien? Et si j’en prends
plusieurs, vous pouvez diminuer un peu?», «Nous sommes tous des parents et les
temps sont durs», «Proposez-moi des articles qui coûtent moins cher !» Ce sont,
entre autres, les phrases qui animent les discussions.
Pour
de nombreux parents, préparer le trousseau scolaire des enfants n’est pas
toujours simple. Et pour cause beaucoup de parents évoquent le casse-tête des
difficultés financières, mais se sentent obliger d’accomplir un effort. «La
moindre des choses que puisse faire un parent d’élève à la rentrée, c’est
d’acheter le kit scolaire requis pour son enfant», soutient Yacouba Boiré,
vendeur de motos au marché Dibida. Ce commerçant affirme avoir contracté un
prêt bancaire, afin d’acheter les fournitures scolaires de ses enfants. «Cette
année a été particulièrement difficile pour moi contrairement à l’an passé»,
regrette-t-il.
Quant
à Oumar Guindo, il explique avoir fait le nécessaire pour se doter d’un budget, afin d’acheter les effets
scolaires pour ses deux enfants. «J’ai pu économiser un peu pour ça et j’achète
ce que les enfants veulent. C’est pour moi la meilleure façon de les encourager
à donner le meilleur d’eux-mêmes durant l’année scolaire», confie-t-il.
À
quelques encablures de son commerce, une cliente parcourt attentivement sa
liste scolaire, calculatrice en main, devant la boutique d’un vendeur. Elle
additionne les articles avant de faire son choix. Contrairement à cette cliente
du jour, la rentrée ne se prépare donc pas seulement avec une liste de
fournitures, mais aussi avec un budget qu’il faut savoir répartir. C’est
justement ce constat que fait Moussa Samaké, commerçant grossiste au marché
Dibida. Selon lui, le problème ne se situe pas au niveau de l’approvisionnement
en marchandises, mais plutôt au niveau du pouvoir d’achat. Au-delà des clients,
il affirme que les détaillants des marchés manquent de liquidités. «Avant, ils
venaient avec 500.000 Fcfa et prenaient 20 cartons de cahiers. Mais maintenant,
ils viennent avec 100.000 Fcfa et prennent trois cartons. Et le reste des
cartons est souvent cédé à crédit. Et c’est compliqué», avoue-t-il. Et de
poursuivre que «l’argent ne circule plus. Les détaillants n’achètent plus, les
parents n’ont plus d’argent».
Les
marchands de fournitures scolaires sont unanimes que les prix des cahiers
connaissent une hausse. Cheick Kéita, vendeur de livres et autres kits
scolaires près de l’École normale supérieure (ENSUP), témoigne que le paquet de
cahier, première qualité coûte 1.750 Fcfa alors que la deuxième qualité vaut
1.500 Fcfa.
La
différence de prix est estimée à 250 Fcfa par rapport à l’année précédente.
Selon lui, le prix du paquet de stylo reste inchangé à savoir 3.500 Fcfa.
Parlant de la morosité du marché, le grossiste Seydou Keita témoigne qu’à la
même période, l’année dernière, son magasin était presque vide. Après avoir
tout vendu, les détaillants se battaient pour avoir du stock.
«Cette
année, on est en fin septembre et mon magasin est encore plein à 70%. Hier,
j’ai fait seulement 150.000 Fcfa de recette alors que l’année dernère elle
pouvait s’élèver à environ un million. Les cartons dorment. Si je ne vends pas
cette semaine, je vais devoir garder ce stock jusqu’en septembre 2027»,
s’inquiète Seydou Keïta. Ces difficultés ne se sont pas ressenties qu’au
Dibidani.
Mouctar
Diarra, responsable d’une librairie au quartier du fleuve, donne un avis
différent. Pour lui, la difficulté majeure se situe notamment au niveau du
transport des cahiers. L’an passé, il stockait les fournitures plus facilement.
Cette année, la situation est différente avec le coût. «Avant, je prenais les
cartons de cahiers à 15.000 Fcfa. Aujourd’hui, ils sont au-delà de 20.000 Fcfa.
Ce qui fait que les anciens clients achètent toujours des fournitures
scolaires, mais pas à la même fréquence. Et la majeure partie le fait à crédit.
Mais, certains ne remboursent pas», explique-t-il.
À la
veille de la rentrée, derrière l’agitation des marchés et les longues listes de
fournitures scolaires, une autre réalité se dessine donc avec le pouvoir
d’achat. Les fournitures sont là, les parents aussi, mais l’argent, lui, semble
se faire plus rare.
Coumba
DOUMBIA
Sira CAMARA
Rédaction Lessor
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