Alice Umutesi et Aline Umutoni
Anciennes joueuses devenues arbitres, les sœurs rwandaises Aline Umutoni et Alice Umutesi forment un duo aussi rare qu’inspirant. À la CAN féminine 2026, elles imposent leur style et leur voix dans un univers longtemps interdit aux femmes. Dès le coup d’envoi de cette 14è édition au Maroc, deux silhouettes familières émergent à chaque coup de sifflet : Aline Umutoni, arbitre centrale, et Alice Umutesi, arbitre assistante. Elles symbolisent un lien indéfectible et l’éclosion d’une nouvelle ère pour l’arbitrage africain.
Dans les collines verdoyantes du Rwanda, les jumelles ont vu le jour avec un goût prononcé pour le ballon rond. Footballeuses d’abord, elles ont troqué les crampons pour le sifflet sans jamais quitter la pelouse. «Quand on était en Allemagne avec la sélection nationale, on jouait encore. Et puis, on a senti qu’on voulait aller plus loin dans le foot, autrement», se souvient Aline, le regard mi-rêveur. Le passage de joueuses à arbitres est une reconversion viscérale, nourrie par la volonté de faire vivre le jeu de l’intérieur. Les deux femmes partagent tout, mais avec des nuances. Aline est la voix, le centre. Alice, la vigilance, le flanc. «Elle est au centre, moi sur la ligne. Mais on avance avec le même cœur», glisse Alice.
Une complicité qui les pousse à se compléter. Leur ancien entraîneur, Moussa Mbake, leur avait soufflé qu’avoir deux arbitres centrales dans une même fratrie créerait une forme de concurrence. Alice a donc choisi le couloir : un ajustement fraternel. «Aline est plus autoritaire, plus décidée et un peu moins timide que moi», concède-t-elle. Aline éclate de rire : «Je ne suis pas timide sur le terrain». Leur synergie quotidienne dépasse les gestes techniques, nourrie par un regard critique réciproque. «On se critique pour progresser. On se dit la vérité et si la vérité fait bouger les choses, tant mieux », assument-elles. À chacune de leurs apparitions, elles portent les couleurs du Rwanda comme un blason. Jumelles sur le terrain, elles sont les seules à officier ensemble dans un grand tournoi continental : une fierté nationale et une déclaration d’intention.
Hors du terrain, elles dévoilent une autre facette faite de mode, d'élégance et de féminité assumée. «J’aime les robes longues », confie Alice. Mais là encore, la dualité s’exprime. «Aline insiste souvent pour porter une veste », sourit-elle. Leur message reste limpide : «L’arbitrage n’est pas réservé aux hommes. On peut en vivre, acheter une maison, aider les orphelins. L’arbitrage, c’est la vie».
Avec calme et détermination, les sœurs Umutoni et Umutesi imposent une autorité sereine. Elles ont officié lors de leur premier match dans cette CAN, le mardi 28 juillet, à l’occasion de la rencontre Nigeria-Malawi (victoire 3-2 des Malawites).
Djeneba BAGAYOGO
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