Selon lui, l’enjeu central réside dans la capacité des médias africains à « rapatrier leur audience » et à construire des plateformes qu’ils contrôlent entièrement. « L’indépendance, c’est ramener le lecteur à la maison », a-t-il affirmé, estimant que les réseaux sociaux ne doivent rester que des vitrines d’audience.
Martin Faye a plaidé pour la création de bases de données locales et de centres de données africains afin de réduire la dépendance aux infrastructures étrangères. « Si l’information malienne est stockée au Mali, elle est protégée par les lois maliennes et non par celles d’un pays tiers », a-t-il expliqué, appelant les États à investir dans des data centers régionaux.
Sur le plan économique, il a alerté sur la fragilité des médias locaux face aux plateformes numériques mondiales. « Les revenus publicitaires traditionnels sont captés à plus de 70 % par les géants du web[Les GAFAM, ndlr]», a-t-il souligné, estimant que les médias africains ne reçoivent aujourd’hui que des « miettes » du marché publicitaire.
Pour répondre à cette situation, il a recommandé la diversification des modèles économiques, notamment par la création de communautés directes via newsletters, SMS et applications mobiles. « Il faut convertir nos audiences en abonnés directs », a-t-il insisté.
Sur la question de l’innovation, Martin Faye a encouragé les médias africains à adopter des solutions adaptées aux réalités locales. « Innover ne signifie pas copier la Silicon Valley, mais adapter les technologies les plus pointues à nos réalités sociales et linguistiques », a-t-il déclaré.
Il a mis en avant le potentiel de l’intelligence artificielle dans les rédactions africaines, citant la transcription automatique et la traduction multilingue comme leviers de productivité. « L’intelligence artificielle ne remplacera jamais le cœur du journalisme, mais elle nous donne des super-pouvoirs », a-t-il affirmé.
Sur le plan éditorial, il a insisté sur la nécessité pour les médias africains de reprendre le contrôle de leurs récits. « Un média souverain ne réagit pas à une actualité dictée par les agences internationales ; il définit sa propre hiérarchie de l’information », a-t-il soutenu.
Il a conclu par une dénonciation de la dépendance des rédactions africaines aux contenus étrangers, estimant qu’il s’agit d’une forme de « sous-traitance de la souveraineté mentale », et appelant à renforcer la production locale de l’information.
Pour Martin Faye, la souveraineté numérique des médias africains repose sur trois piliers : la propriété des plateformes, la maîtrise des données et la formation des journalistes. « Le premier logiciel de souveraineté, c’est la formation », a-t-il conclu.
Kemoko Diabaté
Rédaction Lessor
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