Le chef adjoint de la Marn, Abdoul Majid Halidou
Dans son intervention, le chef adjoint de la Marn a indiqué que le triptyque «paix, sécurité et développement» est un concept stratégique et fondamental, particulièrement en Afrique et au Sahel. Pour Abdoul Majid Halidou, ces trois piliers sont indissociables et interdépendants. «Il ne peut y avoir de développement sans sécurité, de sécurité durable sans paix, ni de paix véritable sans développement économique et social», a-t-il expliqué.
C’est ainsi que depuis les années 1980-1990, la notion traditionnelle de «sécurité de l'État» s'élargit pour inclure le bien-être des populations, d’où l’émergence de la sécurité humaine, a précisé le responsable de la Marn. Il affirme que le Mali n’est pas traditionnellement destiné à être un pays pauvre. Car, ajoute le conférencier, le mot chômage est étranger à ses langues locales. «Chaque enfant venait au monde avec un métier par défaut, car la composition de la société malienne était telle que chaque parent, en plus de son statut social, avait un métier qu’il exerçait et qu’il apprenait à son enfant dès le bas âge », a rappelé Abdoul Majid Halidou.
D’après lui, la grande difficulté de nos états, aujourd’hui, est liée à l’abandon de nos valeurs sociétales au profit de modèles étrangers qui ne vont pas avec les réalités et les besoins de nos communautés. Le paneliste précise que ces modèles importés ont montré leurs limites. C’est pourquoi, a-t- il indiqué, le ministère chargé de la Réconciliation, en vue de prévenir les conflits, qui sont pour la plupart liés aux questions de ressources naturelles (eau, santé, éducation etc.), a décidé de changer de paradigme pour s’attaquer aux sources du problème. Cela, a signalé le responsable de la Marn, à travers l’initiation et la mise en œuvre de deux projets innovants, notamment le Projet de résilience communautaire et de services inclusifs au Mali dénommé « Malidenko » et le Projet communautaire pour le relèvement et la stabilité au Sahel (PCRSS). « Ces projets visent à soulager les communautés confrontées aux nombreux défis économiques et sociaux », a fait savoir Abdoul Majid Halidou. Il a ensuite fait remarquer que ces initiatives concernent plus spécifiquement les communautés des Régions de Kayes, Mopti, Gao, Tombouctou, Kidal, Bandiagara, Nara, Nioro, Douentza et Taoudenni qui « se relèvent des affres sécuritaires et/ou qui font de plus en plus face aux tensions sécuritaires ».
BESOINS PRIORITAIRES DE LA COMMUNAUTé- Le paneliste informe que ces projets s’inscrivent dans la stratégie de réconciliation nationale du gouvernement et visent principalement à assurer un meilleur accès aux infrastructures et services sociaux résilients et verts. Il s’agit également de prendre en charge et répondre aux besoins prioritaires de la communauté par le biais du processus de planification du village et de la commune. S’y ajoute le renforcement des capacités des organes communaux et villageois en matière de planification et de gestion participatives et inclusives des activités de développement, a renchérit Abdoul Majid Halidou.
à son avis, les deux projets utilisent le Développement conduit par les communautés (DCC) en tant qu’approche de mise en œuvre. « Cette approche communautaire privilégie les communautés locales, renforce le rôle des institutions locales, des organisations de la société civile et des parties prenantes impliquées et affectées par le processus de prise de décision », a-t-il détaillé. Selon le chef adjoint de la Marn, l’une des spécificités de cette approche demeure l’animation et la facilitation de proximité. Son élaboration budgétaire repose sur le principe des 80% du budget transférés aux communautés pour la réalisation des investissements et/ou sous-projets et les 20% pour la gestion et la planification des activités du projet, a spécifié Abdoul Majid Halidou.
Quant à sa collègue Mariam Wallet Mohamed Lehbib, elle a mis l’accent sur le rôle des médias dans le développement communautaire.
Pour l’experte à la Marn, les médias offrent un espace d’expression aux citoyens et favorisent le dialogue entre les autorités, les leaders communautaires, les organisations de la société civile, les jeunes et les femmes. « Ils encouragent ainsi la participation aux prises de décision, l’engagement communautaire, la gouvernance locale participative », a relevé Mariam Wallet Mohamed Lehbib.
D’après elle, les émissions interactives, les débats publics et les réseaux sociaux permettent aux citoyens d’exprimer leurs préoccupations et de proposer des solutions aux problèmes locaux.
Dans les contextes fragiles, a-t-elle souligné, les médias peuvent contribuer à prévenir les conflits, lutter contre les discours de haine, promouvoir le vivre-ensemble et renforcer la réconciliation. « Les médias responsables favorisent une communication sensible au conflit en diffusant des messages de tolérance, de dialogue et d’unité nationale », a insisté l’experte à la Marn. Toutefois, a-t-elle relativisé, ils peuvent aussi devenir un facteur de division lorsqu’ils diffusent des fausses informations, des discours haineux et des contenus manipulatoires. Ainsi, révèle la panéliste, l’importance de l’éthique et de la déontologie journalistique.
Pour Mariam Wallet Mohamed Lehbib, le développement communautaire est plus efficace lorsque les médias traditionnels et modernes travaillent ensemble. « Leur complémentarité permet de toucher les populations rurales et urbaines, les jeunes, les personnes âgées, les populations alphabétisées et non alphabétisées », a-t-elle signalé. Selon elle, les médias sont des acteurs stratégiques du développement communautaire et leur utilisation de manière responsable, inclusive et participative, contribue à l’éducation des populations, à la mobilisation citoyenne et à la cohésion sociale. S’y ajoutent la prévention des conflits et la promotion du développement local durable. « Ainsi, les médias ne sont pas seulement des outils d’information, mais également des instruments de transformation sociale et de consolidation de la paix », a fait savoir l’experte à la Marn.
Pour renforcer l’impact d’une communication bienveillante sur le développement communautaire, a-t-elle préconisé, il faut mieux articuler médias, participation citoyenne, innovations technologiques et éducation à la paix.
Bembablin DOUMBIA
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