Le Mali a perdu l’un des canonniers les plus redoutables et élégants de son histoire footballistique. Illias Oumar Dicko, ancien latéral droit du Djoliba AC et des Aigles, s’est éteint samedi 22 août à l’Hôpital du Mali, laissant derrière lui le souvenir impérissable d'un athlète d'exception, forgeur de sa propre destinée.
Dans l'imaginaire collectif des passionnés du stade Modibo Keïta, certains noms évoquent la grâce, d'autres la hargne. Celui d'Illias Oumar Dicko incarnait la synthèse parfaite des deux : une vigueur athlétique alliée à une timidité naturelle presque déconcertante en dehors du rectangle vert. Rien n'a été donné à l'enfant de Gourma-Rharous. Son parcours est celui d'une détermination sans faille guidée par une maxime adoptée dès sa jeunesse : «À cœur vaillant, rien d'impossible». Du mouvement pionnier au concours d'entrée à l'École des agents techniques d'élevage de Bamako, Illias Oumar Dicko a façonné son destin avec une discipline de fer. Exilé pendant cinq ans à Gao pour des raisons administratives, un coup dur qui aurait pu briser la carrière de bien des talents, il a illuminé le parcours d’Africa sport de Gao. Il aura fallu un affrontement mémorable contre le Djoliba AC en 1975 pour que des dirigeants, notamment feu Tiécoro Bagayoko comprennent que la place de ce défenseur hors norme était dans la capitale.
Dans les colonnes du journal Aujourd'hui-Mali, notre confrère Roger Sissoko met en lumière cette résilience exceptionnelle. Quand des choix tactiques contestables ou des jalousies de vestiaire l'écartent momentanément du terrain, Illias Oumar Dicko ne proteste pas : il prend sa moto chaque soir pour affronter la montée de Koulouba et maintenir une condition physique à toute épreuve. C'est cette abnégation qui convaincra l'entraîneur, feu Karounga Keïta «Kéké», de lui confier le couloir droit, une position où il deviendra indéboulonnable et sera sacré meilleur joueur de la saison en 1979. Si Illias Oumar Dicko a marqué les esprits, c'est aussi par cette puissance de frappe qui faisait trembler les portiers adverses. Il n'avait pas la musculature imposante des colosses de son époque comme feu Boubacar Sow ou Abdoulaye Koumaré «Muller», mais il possédait ce que la volonté pure peut offrir : le travail d'artisan. Inspiré par les demi-volées de Kidian Diallo et la précision de feu Sadia Cissé, il s'entraînait seul contre des murettes, corrigeant la trajectoire de ses tirs au gré des rebonds.
Comme le rappelait si bien le doyen feu Demba Coulibaly, les enfants des quartiers N'Tomikorobougou, Bolibana et Badialan venus observer les entraînements du Djoliba n'avaient qu'une consigne de survie : se placer derrière le camp d'Illias pour ne pas être terrassés par ses « pétards ».
Lors du jubilé du joueur en 1986, Djibril Diallo livrait un témoignage précieux, également rapporté par Roger Sissoko : «Quel amoureux des dimanches du Stade Omnisports ne revivrait pas les souvenirs de ces intenses émotions lorsque Illias Oumar Dicko devait botter un coup franc pour le compte du Djoliba ou des Aigles ? L'appréhension ou l'espoir ne devenait-il pas quasi-certitude lorsque le point de tir se trouvait dans la fourchette des 18 à 35 mètres des buts adverses ? Sociable, avenant et presque timide dans la vie, Illias Oumar Dicko, par sa vigueur, sa rigueur et surtout sa sagacité, a illustré mieux que quiconque les qualités du noble rapace, symbole de notre Team Nationale».
Au-delà des statistiques et des titres, ce sont ses compagnons de terrain qui mesurent le mieux le vide laissé par sa disparition. L'ancien joueur de l'Équipe nationale, Soumaïla Diarra «Iso» conserve un souvenir ému et admiratif de celui qu'il a côtoyé sur les pelouses. «Illias était le prototype du défenseur moderne avant l'heure. Sa capacité à avaler les kilomètres dans son couloir droit, combinée à une rigueur défensive irréprochable et cette frappe chirurgicale, en faisait un adversaire redoutable et un coéquipier rassurant. Quand il s'avançait pour exécuter un coup franc, tout le monde retenait son souffle. C'était de la pure mécanique, travaillée à la sueur de son front», a déclaré Iso Diarra et de poursuivre : «Dans le vestiaire, c'était un homme d'un calme olympien, d'une grande sagesse et d'une politesse rare. Illias ne haussait jamais le ton, mais sa présence imposait naturellement le respect. Il était toujours à l'écoute des plus jeunes, plein de conseils avisés, gardant une humilité déconcertante malgré son statut de star du ballon rond. C'était un gentleman, sur et hors du terrain».
Vainqueur de la Coupe du Mali 1977 et 1979, et cadre incontournable de la sélection nationale dès 1978, Illias Oumar Dicko a choisi de quitter le football en 1981, fidèle à ses principes face aux injustices. Il a été membre actif du bureau national l'Union nationale des anciens footballeurs du Mali (UNAFOM) et il restera dans la mémoire sportive nationale comme l'incarnation du défenseur moderne : rigoureux, puissant, loyal et viscéralement attaché au maillot. Le «rapace» s’est envolé, mais l'écho de ses frappes résonnera encore longtemps sous les travées du stade Modibo Keïta.
Seibou Sambri KAMISSOKO
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