Face à la flambée des cours internationaux liée aux tensions entre l’Iran et les états-Unis-Israël, le gouvernement malien a ajusté les prix à la pompe tout en consentant un effort budgétaire exceptionnel de près de 3 milliards Fcfa par mois pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. Pour la circonstance, le gouvernement se veut rassurant. Il a développé des stratégies pour soulager les portefeuilles.
Diakaridia Dembélé, Président directeur général (PDG) de l’Office malien des produits pétroliers (Omap), a tenté de rassurer les Maliens. Dans une intervention diffusée sur la télévision nationale, il a expliqué que le monde traverse une crise énergétique majeure due aux perturbations du détroit d’Hormuz, principal couloir du pétrole mondial. «Le gouvernement a pris la décision responsable d’ajuster les prix à la pompe afin d’éviter toute rupture d’approvisionnement», a-t-il déclaré. Sans l’intervention de l’État, le litre de carburant aurait largement dépassé 1.000 Fcfa. Grâce à la réduction des taxes, les nouveaux plafonds sont fixés à 875 Fcfa pour le supercarburant et 940 Fcfa pour le gasoil.
Le PDG de l’Omap a insisté sur le caractère temporaire de cette hausse et sur l’existence d’une commission permanente qui permettra de baisser les prix dès que la situation internationale s’améliorera. «Nous privilégions la stabilité sociale et l’approvisionnement du pays au prix d’importants sacrifices budgétaires», a-t-il souligné.
Pourtant, sur le terrain, la pilule passe difficilement. À la station-service Total de l’ACI, Madani Touré, gérant, observe un afflux inhabituel de clients ce matin. «Pour le moment la clientèle afflue, mais notre grande inquiétude, c’est la concurrence déloyale. Certains opérateurs sont prêts à baisser de 50 ou 100 Fcfa, ce qui risque de perturber tout le marché », confie-t-il, essuyant la sueur qui coule sur son front.
À quelques mètres de là, Kolokélé Sangaré, conducteur de tricycle, regarde son réservoir avec amertume. «Avant, je faisais 10.000 Fcfa par jour. Maintenant, je peine à atteindre 6.000 Fcfa. Avec cette hausse, ma recette va encore baisser. Mais bon… la situation n’est pas idéale non plus dans les autres pays, ça réconforte un peu », lance-t-il avec un sourire résigné qui cache mal sa fatigue. La scène la plus triste se joue à l’arrêt Sotrama de l’Hippodrome.
Sous un soleil implacable, Moustapha Souaré, président du Syndicat des chauffeurs des minibus Sotrama, regarde passer une voiture presque vide. «Il y a six mois, 50 voitures chargeaient ici chaque jour. Aujourd’hui, à peine 15. Regardez celle qui vient de démarrer… à moitié vide. Quelle tristesse ! » Il sort son carnet en disant :« avant, 20 litres me coûtaient 14.500 Fcfa. Maintenant, c’est 18.500 Fcfa. Il y a des jours où on ne ramène pas un seul franc à la maison. Tout part dans le carburant.» À ses côtés, un jeune apprenti chauffeur, tee-shirt noir trempé de sueur, ajoute avec un rire amer : « On travaille pour 0 Fcfa en espérant des jours meilleurs.»
À l’arrêt de bus de la Colline du Savoir à Badalabougou, Aissata Bocoum, étudiante, exprime son inquiétude : «Déjà qu’on peine à payer le transport, si le prix augmente encore, on va devoir sacrifier un repas et marcher longtemps.» À côté d’elle, un camarade lance sur le ton de la rigolade : « C’est un mal nécessaire. En la matière, d’autres pays envient le notre».
ENTRE URGENCE ET VISION A LONG TERME-Interrogé sur le sujet, l’économiste Modibo Mao Makalou dresse un constat sans complaisance. Il estime que cette hausse va accentuer l’inflation et peser lourdement sur les zones rurales, déjà fragilisées par la hausse des engrais et des intrants agricoles. «L’effort budgétaire de 3 milliards Fcfa par mois est-il soutenable à moyen et long terme ? », se demande-t-il. Selon lui, l’État doit être «stratège et proactif» en mettant en place des mesures anticycliques : subventions ciblées, filets sociaux et exonérations fiscales pour les plus vulnérables.
À plus long terme, il plaide pour une réduction drastique de la facture énergétique (environ 1.200 milliards Fcfa en 2025) via le développement massif des énergies renouvelables et des transports propres. Sur les réseaux sociaux, le ton est majoritairement résigné ou sarcastique. Beaucoup de Maliens expriment leur frustration face à cette nouvelle charge. Mais ils se résignent sachant que la situation est mondiale.
Malgré tout, certains, comme le banquier Youssouf Sanogo, reconnaissent les efforts de l’État : «Les citoyens saluent les mesures prises pour soulager les populations malgré les difficultés.» Le gouvernement, lui, promet que les prix pourront être revus à la baisse dès que la situation internationale le permettra. En attendant, sous ce soleil qui n’épargne personne, les Maliens continuent de rouler, de transporter et de rêver à des jours meilleurs.
Oumar SANKARE
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