Pourtant, comme nous le rappelions avec constance, en observateur avisé, durant ces jours troublés, la relation entre nos deux pays est bien trop profonde pour être ébranlée par une crise passagère. Les liens qui unissent le Mali et l’Algérie ne sauraient se réduire à quelques décennies de discours diplomatiques : ils sont le fruit d’un héritage historique séculaire.
Bien avant la naissance de la République du Mali, nos peuples se croisaient déjà sur les pistes caravanières du Sahara. Le commerce transsaharien, qui reliait Tombouctou au sud algérien, tissait des liens étroits autour de l’or, du sel, des épices et du savoir. Ce vaste désert n’a jamais séparé les populations riveraines – il fut, bien au contraire, un chemin vivant, une artère nourricière.
Au XXè siècle, cette fraternité s’éleva au rang de combat commun. Alors que le peuple algérien luttait pour se libérer du joug colonial, le Mali lui apporta un soutien indéfectible. Le premier président du Mali, Modibo Keïta, ne se contenta pas de plaider la cause de l’indépendance algérienne sur la scène internationale – notamment lors de la deuxième conférence de Belgrade – ; il agit en véritable frère d’armes. Dès 1960, à la veille de l’indépendance du Mali, il convoqua le consul général de France et exigea le retrait des bases militaires françaises stationnées près du Sud algérien, afin qu’elles ne puissent être utilisées pour réprimer la révolution algérienne. Un geste d’une portée exceptionnelle : une nation tout juste affranchie tendant la main à un frère qui aspirait encore à sa liberté.
Les archives historiques de l’ambassade d’Algérie au Mali en conservent la trace solennelle : « L’indépendance de l’Algérie fut vécue par le peuple malien comme une lutte commune, une victoire partagée par tous les peuples longtemps asservis. » Ce n’est point là une formule diplomatique, mais une vérité historique.
C’est précisément parce que cette assise historique est si profonde que l’affirmation de Gamer A. Dicko – selon laquelle nos frictions actuelles ne sont que des feux de brousse – résonne avec une force particulière. Les feux de brousse, on le sait, embrasent la surface, mais laissent intactes les racines et les veines souterraines. La crise qui a secoué nos deux pays d’avril 2025 à juillet 2026, aussi violente fût-elle en apparence, n’a pas entamé les liens séculaires qui nous unissent. Le rétablissement des relations diplomatiques et la réouverture de l’espace aérien, le 10 juillet 2026, sont bien la confirmation d’un retour à la logique de l’histoire.
Le président algérien, Abdel Madjid Tebboune, a d’ailleurs souligné qu’il s’agissait de « remettre les relations algéro-maliennes sur leur orbite naturelle et historique ». Cette formule est lourde de sens, car elle reconnaît une évidence : derrière les apparences de la crise, c’est un lien multiséculaire, indissoluble, qui demeure.
Entre le Mali et l’Algérie, nous partageons bien plus qu’une frontière de 1.329 kilomètres, bien plus que les vents du Sahara et la lumière du Sahel : nous partageons une mémoire commune, des sacrifices mutuels, et une aspiration partagée à la paix et au développement. Comme le confiait un diplomate algérien : « Le Mali est un pays d’une importance capitale pour nous ; tout ce qui touche au Mali nous touche. »
Entre frères, les querelles ne sont-elles pas parfois inévitables ? Mais la véritable fraternité se mesure à la capacité de se retrouver autour de la même table, après la tourmente. La sagesse nous rappelle une vérité simple : l’histoire ne s’écrit pas dans les crises, mais dans la trame ininterrompue des liens qui se tissent et se retissent sans cesse. Les feux de brousse s’éteignent ; les racines, elles, demeurent et continuent de vivre.
Berger PREUX
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