Abdoul Karim Diarra, directeur national de la DNDH
La Direction nationale des droits de l’Homme (DNDH) entend occuper pleinement sa place en matière de promotion et de protection des droits humains. Le directeur national, Abdoul Karim Diarra, nous explique les raisons ayant précédé la création de la DNDH, ses missions ainsi que les actions déjà réalisées et les perspectives de la structure.
Pour notre interlocuteur, la création de cette direction répond avant tout à une nécessité institutionnelle. Le Mali, rappelle-t-il, dispose depuis le 6 décembre 2016 d’une Politique nationale des droits de l’Homme, instituée par le décret n°2016-0924/P-RM. Il rappelle que la culture des droits humains n’est pas étrangère à l’histoire de notre pays.
Il cite notamment la Charte de Kurukan Fuga, vieille de plusieurs siècles, souvent présentée comme une référence historique en matière de valeurs sociales et de protection de la personne humaine. À cela, s’ajoute l’engagement international du Mali qui a ratifié plusieurs instruments internationaux relatifs aux droits de l’Homme. De ce fait, notre pays s’est engagé à respecter et à faire respecter les principes consacrés par ces textes.
Aux dires du Directeur, la création de la DNDH était déjà envisagée dans le premier Plan d’actions quinquennal 2017-2021 de la Politique nationale des droits de l’Homme. Son axe 3 prévoyait notamment la mise en place d’une Direction nationale consacrée à cette question. Abdoul Karim Diarra, regrette le fait que le bien-fondé d’une telle structure n’ait pas été immédiatement compris par tous les acteurs. Certains estimaient que sa création risquait d’empiéter sur les prérogatives des autres institutions et organisations intervenant déjà dans le domaine.
C’est finalement avec l’avènement de la Transition que la nécessité de disposer d’un tel outil administratif a été davantage mise en avant. La DNDH a ainsi été créée par l’ordonnance du 10 février 2023, modifiée le 11 mai de la même année. Pour le Directeur national, cette création répond à une logique institutionnelle précise.
Le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme ayant, dans ses attributions, la mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière de droits, il était nécessaire de lui adjoindre un instrument technique capable d’assurer la conception, la coordination et le suivi de cette politique.
Ainsi, la DNDH a pour missions d’élaborer les éléments de la politique nationale dans le domaine des droits de l’Homme, d’en assurer le suivi et de contribuer à sa mise en œuvre. Elle est également chargée d’élaborer, de coordonner et de mettre en œuvre les programmes et plans d’actions en matière de droits humains. La structure contribue aussi à l’élaboration des instruments juridiques nationaux relatifs aux droits de l’Homme ainsi qu’à leur vulgarisation.
À cet égard, le directeur national évoque la réforme intervenue en décembre 2023 avec la modification du Code pénal et du Code de procédure pénale. Ces nouvelles dispositions, estime-t-il, permettent de mieux prendre en compte les exigences liées aux droits humains dans le fonctionnement de la justice.
La DNDH mène également des actions de sensibilisation dans les établissements pénitentiaires et les services de sécurité. Des missions ont notamment été effectuées à la Maison d’arrêt et de correction de Koulikoro et à Kati, afin d’échanger avec les personnels de la surveillance pénitentiaire sur la nécessité de garantir les droits des personnes détenues. Des actions similaires ont concerné certains commissariats.
REPLIQUER AUX RAPPORTS ACCUSATOIRES DES INSTANCES INTERNATIONALES
Au-delà de ses missions administratives, la DNDH entend également jouer un rôle important dans la production et la documentation de l’information relative aux droits de l’Homme au Mali. Le magistrat rapporte que depuis plusieurs années, le Mali fait régulièrement l’objet de rapports qui ne reflètent pas véritablement la réalité de la part d’organisations non gouvernementales et d’autres acteurs de défense des droits humains.
Abdoul Karim Diarra cite notamment les rapports de l’Expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali, ceux qui étaient produits par la MINUSMA ainsi que les publications d’organisations internationales comme Amnesty International ou la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).
Selon lui, ces rapports ont souvent été perçus par les autorités maliennes comme mettant davantage l’accent sur les manquements et les accusations plutôt que sur les efforts consentis par l’État. « Il fallait un outil qui puisse apporter la lecture malienne de la situation », explique en substance le directeur national.
La DNDH se veut ainsi ce cadre institutionnel permettant au Mali de faire valoir ses observations, fournir des informations complémentaires et contribuer aux différents mécanismes internationaux d’évaluation des droits humains. La direction participe notamment à la préparation des contributions de l’État aux mécanismes issus des conventions internationales auxquelles le Mali est partie.
Abordant la situation des droits de l’Homme dans le contexte de la crise sécuritaire, Abdoul Karim Diarra reconnaît que les événements survenus depuis 2012 ont été à l’origine de nombreuses violations des droits humains. Le magistrat estime cependant que les réformes engagées dans le domaine judiciaire et sécuritaire doivent contribuer à renforcer la protection des citoyens.
Il cite notamment les innovations introduites dans le Code pénal et le Code de procédure pénale, ainsi que les alternatives à la détention, dont le bracelet électronique. La réforme prévoit également la mise en place de plusieurs mécanismes destinés à mieux encadrer la détention et le traitement des dossiers judiciaires.
La suppression de la Cour d’assises et son remplacement par des chambres criminelles, l’avènement du pôle spécialisé de lutte contre la cybercriminalité ainsi que la mise en place d’un pôle foncier sont également présentés comme des évolutions susceptibles de renforcer l’efficacité de la justice et, par conséquent, la protection des droits des justiciables.
La création de la Direction nationale des droits de l’Homme répond à la nécessité pour l’État malien de disposer de son propre outil d’analyse, de coordination et de documentation dans un domaine devenu central dans les relations internationales.
Pour Abdoul Karim Diarra, la promotion des droits de l’Homme demeure une responsabilité collective. «Nul n’est à l’abri de la violation des droits de l’Homme», rappelle-t-il, soulignant la nécessité de poursuivre les efforts de sensibilisation, de formation, de coordination et de protection des citoyens.
Binta KEÏTA
Rédaction Lessor
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