Approvisionnement en aliments bétail : Le quotidien des fourragers

Chaque jour, ils parcourent plusieurs dizaines de kilomètres pour approvisionner Bamako en fourrages destinés au bétail. Malgré les risques du métier, les fourragers se battent chaque jour pour assurer la pitance pour leurs familles et contribuer à la chaîne de valeur de l’élevage

Publié jeudi 16 juillet 2026 à 09:07
Approvisionnement en aliments bétail : Le quotidien des fourragers

Les tas de fourrage sont vendus entre 250 et 500 Fcfa selon leur qualité

 

 

À la tombée de la nuit, les abords de la clinique périnatale Mohamed VI de Sébénicoro en Commune IV du District de Bamako changent de visage. Le va-et-vient des motos, voitures et charrettes s’intensifie autour de petits étals improvisés où s’amoncellent des feuilles d’arbres, des herbes fraîches, des herbes séchées ainsi que des fanes d’arachide et de haricot. Les klaxons couvrent parfois les voix des vendeurs qui hèlent les passants. Derrière cette animation se cache une activité aussi pénible qu’indispensable : l’approvisionnement en aliments pour bétail.

Ces vendeurs sont appelés les fourragers. Dès les premières heures du jour, ils quittent Bamako pour les brousses vers Bancoumana, Siby, Samayana et d’autres localités situées à 40, voire 60 kilomètres de la capitale. Leur objectif est simple : revenir avant la nuit avec un chargement capable de nourrir bovins, ovins et caprins élevés dans la ville et ses environs. Assis près de son imposant tas de feuilles vertes, Karim Diarra savoure un verre de thé après une journée éprouvante. Voilà dix ans qu’il exerce ce métier. À peine le temps de souffler qu’un client s’arrête. La théière est aussitôt abandonnée pour servir le client.


«Nous quittons la maison très tôt le matin sans savoir à quelle heure nous reviendrons. Toute la journée est consacrée à la recherche du fourrage », explique-t-il. Cette activité exige des moyens financiers non négligeables. Entre le carburant, les frais de transport et les diverses dépenses, chaque sortie coûte entre 4000 et 6000 Fcfa. À cela s’ajoute, selon lui, une contribution quotidienne de 1000 Fcfa versée aux agents des Eaux et Forêts.«Nous ne refusons pas de payer, mais nous souhaitons recevoir un reçu. Cela prouverait que nous contribuons légalement aux recettes de l’État », plaide-t-il.

Le métier est d’autant plus difficile que les revenus ne sont jamais garantis. Les tas de fourrage sont vendus entre 250 et 500 Fcfa selon leur qualité. Lorsque les clients sont nombreux, tout le chargement disparaît en quelques heures. Dans le cas contraire, une partie reste sur place et perd rapidement sa fraîcheur.

À quelques mètres, Daouda Traoré surveille son étal. Originaire de Baraouéli, dans la Région de Ségou, le jeune homme de 22 ans effectue sa quatrième campagne à Bamako. Comme beaucoup de saisonniers, il profite de la saison sèche pour exercer cette activité avant de retourner aux travaux agricoles. Avec ses compagnons, le paysan loue un tricycle ou un pousse-pousse afin de transporter les herbes récoltées dans les environs de Samayana, sur la route de Kangaba.


Le travail ne se résume pourtant pas à couper de l’herbe. Les jeunes fourragers doivent souvent composer avec l’incompréhension de certains habitants. « Il arrive que des propriétaires nous accusent de voler leur herbe. Certains vont jusqu’à confisquer notre récolte. Heureusement, d’autres nous autorisent à couper sur leurs parcelles », raconte-t-il.

Lorsque tout se passe bien, un chargement peut rapporter jusqu’à 10.000 Fcfa. Mais les bénéfices sont rapidement fondus comme neige au soleil après déduction des frais de location des engins, du carburant et des interminables négociations avec certains clients.

Un peu plus loin, Seydou Diallo et son compagnon proposent exclusivement des feuilles d’arbres. Venus de la Région de Sikasso, ils vivent de cette activité depuis plusieurs années. «Nous partons entre cinq et six heures du matin et nous ne revenons qu’en fin d’après-midi», explique Seydou, qui totalise déjà sept campagnes comme fourrager.

Le quotidien est rythmé par les risques. Les blessures provoquées par les coupe-coupe, les chutes lors de la coupe des branches, les pannes de motos et l’insécurité sur certains axes font partie des réalités du métier. À ces difficultés s’ajoute un autre défi : la conservation du fourrage. «Si nous ne vendons pas tout le chargement le même jour, la marchandise perd sa qualité. Le lendemain, les clients n’en veulent presque plus », confie-t-il. Lorsque le marché est favorable, un chargement de moto peut néanmoins générer près de 15.000 Fcfa de recettes.


À l’approche de l’hivernage, nombre de ces travailleurs saisonniers s’apprêtent déjà à retrouver leurs villages pour les labours. D’autres continueront à alimenter les marchés de Bamako aussi longtemps que les conditions le permettront. Peu visibles, les fourragers constituent pourtant un maillon essentiel de la chaîne de l’élevage. Sans leur courage et leurs longues expéditions quotidiennes, de nombreux éleveurs de la capitale auraient du mal à nourrir leurs animaux. Derrière chaque tas d’herbe vendu au bord des routes se cachent des dizaines de kilomètres parcourus, des dépenses importantes, des risques permanents et une détermination à toute épreuve pour assurer le pain quotidien.

NFamoro KEITA

Lire aussi : Sonatam : 177 travailleurs équipés en kits solaires

La Société nationale de tabac et allumettes du Mali (Sonatam) a lancé hier, dans ses locaux, un projet de fourniture et d’installation de kits solaires au profit de 177 de ses travailleurs. La cérémonie était présidée par le directeur général de la société, Youssouf Traoré, en présen.

Lire aussi : Arnaques foncières : L’ACI-SA décline toute responsabilité

« Vérifier avant de payer, vérifier avant de partager et vérifier avant de croire ». C’est par cette formule que l’Agence de cessions immobilières (ACI-SA) a lancé, hier, un appel à la vigilance à l’endroit des populations. Confrontée depuis juin 2026 à des cas d’usurpation de son.

Lire aussi : Emploi des jeunes au Mali : Le grand pari de la transformation

Avec une population largement dominée par les jeunes, le Mali fait face à un défi majeur : créer suffisamment d’emplois et préparer les compétences adaptées aux besoins de l’économie. Formation professionnelle, entrepreneuriat, agriculture et secteur privé sont au cœur de la stratégie.

Lire aussi : Dioura et Tessalit : Frappes ciblées des FAMa contre des GAT

Dans le cadre de la poursuite de leurs missions de sécurisation du territoire national et de la lutte implacable contre le terrorisme à travers l'opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, ont mené lundi dernier avec succès de nouvelles actions.

Lire aussi : Rentrée scolaire 2026-2027 : Dialogue sur les grandes questions du système éducatif

À quelques semaines du démarrage des cours, fixé au 1er octobre, les autorités éducatives ont réuni, hier, les représentants des syndicats d’enseignants..

Lire aussi : 5è édition de la Senare : Sous le triptyque éducation, culture et réconciliation

Ces trois dimensions sont intimement liées et constituent les fondements d’une citoyenneté consciente, responsable et solidaire.

Les articles de l'auteur

Fertilisation des terres agricoles : 1.000 tonnes d’espoir pour les producteurs

Le Royaume du Maroc a offert une importante quantité d’engrais DAP au Mali pour soutenir les paysans et renforcer la fertilité des sols. Un geste de solidarité qui vient appuyer les efforts du gouvernement en faveur de la sécurité alimentaire.

Par NFamoro KEITA


Publié jeudi 03 septembre 2026 à 08:49

Semaine du numérique : L’AES à la conquête de sa souveraineté numérique

Maîtriser ses données, contrôler ses infrastructures, choisir ses technologies : pour les États de l’Alliance des États du Sahel (AES), la souveraineté numérique apparaît désormais comme un enjeu de puissance, d’indépendance et de sécurité. C’est autour de cette problématique que s’est tenu, hier au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le premier Keynote de la 4è édition de la Semaine du numérique.

Par NFamoro KEITA


Publié mercredi 29 juillet 2026 à 08:33

Semaine du numérique : L’AES à la conquête de sa souveraineté numérique

Maîtriser ses données, contrôler ses infrastructures, choisir ses technologies : pour les États de l’Alliance des États du Sahel (AES), la souveraineté numérique apparaît désormais comme un enjeu de puissance, d’indépendance et de sécurité. C’est autour de cette problématique que s’est tenu, ce mardi 28 juillet 2026 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le premier Keynote de la 4è édition de la Semaine du numérique.

Par NFamoro KEITA


Publié mardi 28 juillet 2026 à 20:08

Emploi et formation : L’Onef engrange des résultats reluisants

L’Observatoire national de l’emploi et de la formation (Onef) a tenu, hier dans ses locaux, la 20è session ordinaire de son conseil d’administration. L’ouverture des travaux a été présidée par la ministre de l’Entreprenariat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Mme Oumou Sall Seck. C’était en présence du directeur général de l’Onef, Boubacar Diallo..

Par NFamoro KEITA


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 12:10

Diaspora malienne : La CCIM crée une commission pour susciter l’investissement

Permettre à la diaspora d’investir au pays afin de créer des emplois et contribuer au développement des communautés. C’est le but de la « Commission pour la promotion des investissements des Maliens établis à l’Extérieur », créée par la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM)..

Par NFamoro KEITA


Publié lundi 20 juillet 2026 à 09:28

ORTM : Le pari de la relance

L'Office de radio et télévision du Mali (ORTM) amorce une nouvelle étape de son redressement. Réunis hier en retraite dans un hôtel de la place, les responsables de l'Office ont élaboré une feuille de route destinée à impulser une transformation durable de l'entreprise publique..

Par NFamoro KEITA


Publié vendredi 03 juillet 2026 à 08:40

Stratégie nationale des solutions durables : Le Mali mobilise ses forces pour redonner espoir aux déplacés

Face à l'ampleur des déplacements forcés, le gouvernement et ses partenaires entendent accélérer la mise en œuvre de réponses durables. Réunis à Bamako, les principaux acteurs nationaux et internationaux veulent renforcer leurs capacités et harmoniser leurs actions, afin d'offrir aux centaines de milliers de personnes affectées de réelles perspectives de réintégration et de résilience.

Par NFamoro KEITA


Publié mardi 30 juin 2026 à 08:58

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner